Présentation de Dorotea Montoya Sánchez

Voilà une auteure que j’aime beaucoup:
 

Dorotea Montoya Sánchez est née à Bogota en Colombie. Elle a publié plus de 15 ouvrages qui se sont écoulés à plusieurs milliers d’exemplaires en Colombie.  En octobre 2006, elle participe au 22e Festival international de poésie de Trois-rivières et y lance sa première publication québécoise, une anthologie de poèmes déjà parus en Colombie et quelques inédits, le tout traduit par Jean-Pierre Pelletier, Comedia rouge sang est publié aux éditions Adage.

 

"Je l’ai vu.
 
Ses pieds flottaient
dans des chaussures
appartenent peut-être
à quelqu’un d’autre.
 
S’y trouvaient aussi
les dettes que la vie
avait envers lui."

J’envisage d’écrire des poèmes dédiés à cette femme extraordinaire. Tout commentaire ou toute précision supplémentaires sont les bienvenues. Je vous encourage toutes et tous à la découvrir.

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Christophe Condello

La vérité est une étoile filante
dans l’obscurité de l’univers
                        cc
 
 

Pérégrinations 3

 

Carla,
tu passes sur l’aube.
Le silence fleurit
autrement.
 
Des ailes
redessinent tes épaules.
                cc

Christophe Condello

 
Les enfants croient au père Noël, les adultes en Dieu.
                                                             cc

Eau disparue 1

 

Je crois en l’absence.

 

Aux pupilles noircies

du néant.

 

                                 cc

Pérégrinations 2

 
J’avance sur l’espace
entre l’être et l’oubli.
 
Nelly,
sur la clameur des cimes
                            cc

 

Denis Emorine

Voici quelques poèmes d’un auteur que j’apprécie beaucoup, Denis Emorine:
 
Nous aurons rendez-vous
mais tu ne le sauras jamais.
J’aurai lu les lettres sans
t’avoir connu
et c’est mieux ainsi, je crois
 
Nous nous croiserons sur le
pont de la mort
mais nos yeux ne se rencontreront pas.
Les tiens auront cessé de la
dévisager depuis longtemps
 
J’aurai ces lettres froissées
Où vous écriviez des mots
d’amour qui ne m’étaient  pas destinés.
Ta tombe s’effrite dans ma
mémoire
Elle ne cessera jamais, je crois
 
Tes mots ont meurtri son enfance
mais l’enfant ne te hait plus
je crois.

 

                                                                                         *

 

Je mesure le chemin parcouru dans les impasses du monde. Où que j’aille, j’ai toujours procédé de la sorte. Les sentiers bien balisés, les larges avenues, les routes bien entretenues ont toujours eu de l’aversion pour moi. Tout petit déjà, je grimaçais de douleur à leur vue alors, forcément, ces dernières années, le phénomène s’est accentué.            

Il me tarde parfois d’arriver au bout de la dernière impasse du monde. Ce jour-là, il est probable que mon cœur battra plus fort. Je la reconnaîtrai à coup sûr puisqu’elle existera grâce à moi.  Je m’y engagerai à pas lents pour mieux faire durer le plaisir ; plaisir bien relatif, évidemment.

Je pense que j’aurai néanmoins un dernier sursaut pour rebrousser chemin afin de gagner le boulevard tout proche. Mais le manque d’habitude jouera contre moi. Et puis, il se trouvera nécessairement une âme charitable pour me barrer le passage.  

J’ai toujours mesuré le chemin parcouru dans les impasses du monde. C’est ainsi.

                                                                                          *

Retrouvailles           

            Cette nuit, j’ai été réveillé par un léger grattement à ma fenêtre. D’abord, pressé de me rendormir, je n’y ai pas pris garde. J’habite au dixième étage d’un vieil immeuble, ce devait être un rêve. Au moment où je refermais les yeux, le grattement a repris avec insistance. J’ai ouvert les volets, je me suis penché. La nuit était obscure, je n’ai rien distingué et puis, en me penchant davantage, je l’ai reconnu avec son petit costume et son chapeau noirs: pas de doute, c’était Franz Kafka ! Ebahi, j’ai réussi à lui adresser la parole: " Que faites-vous là, Franz ? c’est insensé, vous allez vous tuer !". 

            Comme il ne répondait pas, j’ai  cru à une hallucination provoquée,  dans mon inconscient, par un voyage récent à Prague. Mais non, il était toujours là, s’accrochant frénétiquement au rebord de ma fenêtre. J’ai d’abord pensé  -je l’avoue-  à lui faire lâcher prise au risque de le précipiter dans le vide. A la réflexion, j’ai eu honte de ces mauvaises pensées: on n’agit pas ainsi avec un mort. C’est contraire aux règles les plus élémentaires de la courtoisie. Kafka restait là, tristement, devant moi. Je ne savais plus que faire. Immobile, comme suspendu dans les airs, il me considérait en silence. Pris d’une illumination, je lui ai crié : " Franz, vous vous trompez d’étage ! c’est au cinquième qu’il faut vous rendre. 

            – Pourquoi ?" m’a-t-il répondu, interloqué.

            " Tout simplement parce que votre prénom et votre nom comportent le même nombre de lettres: cinq !" ai-je lancé, victorieusement.

            " Merci, merci ! vous m’avez redonné l’espoir" a-t-il hurlé. Et, m’agrippant aussitôt, il m’a entraîné vers le sol à une vitesse folle.

            Depuis, tous les soirs, Kafka et moi frappons  désespérément à la vitre du cinquième étage. Mais personne ne nous ouvre jamais. Pourtant l’appartement est occupé, m’a-t-on dit, par une vieille dame tchèque, une certaine… Milena Jesenskà, je crois.     

                                                                                            *

A Saïda Oudjoukhou  

Lorsque tu repartiras
mes pensées garderont la
couleur de tes yeux.
Je traverserai des paysages dévastés.
 
Un pas retentira derrière moi :
une inconnue qui te ressemblera
peut-être
et que je haïrai.

Lorsque tu repartiras

la terre sera d’ambre  
nul endroit où me
cacher. 
 
Seul
un souffle de toi
me guidera peut-être
lorsque tu partiras.  

                                                                                           *

Le vieil homme n’obéit plus à sa vie.
Ses bras s’agitent devant son passé.
Dans les décombres
les morts ont dévoré ses yeux d’enfant.

Sa détresse accroche la nuit qui

épie le monde.
Ses lèvres ont cessé de
murmurer le nom de la lumière.  

                                                                                           * 

Martin Heidegger

"Le néant néantise"
          Martin Heidegger

« À mi-parcours » de Marie-Gabrielle Montant

Marie-Gabrielle Montant s’exerce à l’écoute de son intuition du mot, à recevoir et intérioriser ce qui lui vient du monde actuel à travers sa poésie… 

Son attachement au respect des règles sauvegarde la spontanéité de ses vers et de sa prose – l’amalgame se travaille – pensée et matière d’une écriture fragile… 
La voie poétique est l’avancée d’une terre ultime vers la mer, enfin de soi vers l’autre, et d’un accès premier à la richesse personnelle qu’il nous serait encore offert de partager. 
Ce texte s’y engage… à mi-parcours.
 
Marie-Gabrielle MONTANT est l’auteur de Le Livre de l’anomalie aux éditions du Cygne – qui est son récit fait d’une expérience poétique succédant à la vie dans un sursaut créatif qu’elle reprend à son compte – ici plus consciemment et de manière durable. Elle nous fait partager la matière comme support spirituel à l’écriture, nous offrant de participer à la seule relation virtuelle à l’autre qu’elle désire encore vivre et développer.
 
Voici le lien de l’éditeur:
 
Je vous encourage tous à vous procurer le livre de cette écrivaine passionnée et passionnante.
 

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