Patrick Coppens

Poète, dessinateur et peintre (encres pigmentées), Patrick Coppens est né à Orléans, ville délivrée du joug des Anglais par Jeanne d’Arc en 1429, comme il aime plaisamment à le rappeler. Après avoir complété des études secondaires au Collège Saint-François de Sales, à Gien, poursuit ses études à l’Université de Paris Sorbonne puis à l’Université de Tours, où il termine en 1967 des études supérieures en littérature française. Directeur et fondateur de la revue Le Pot aux roses en 1965, il enseigne pendant deux ans le français au Collège Saint-François de Gien avant d’immigrer au Québec en 1968.
De 1968 à 2009, il est bibliographe responsable du module Littérature et linguistique des Services documentaires multimédia. Co-fondateur de la Société littéraire de Laval, il en est le président de 1985 à 1989 puis de 2005 à 2009. Il fonde en 1997 les Mardis de Port-Royal, libre regroupement hebdomadaire d’une vingtaine d’artistes, en poésie, arts visuels, etc. En juin 2010, il fonde Rien d’autre (la littérature et Rien d’autre), qu’il anime également. Dans le cadre de projets récréatifs ou pédagogiques, il dirige des ateliers de crétion littéraire et siège sur divers jurys.
Patrick Coppens participe, au Québec, en France et en Belgique à de nombreux spectacles de poésie : Place aux poètes, Noches de poesia, Cinq à Souhaits, etc. De 2005 à 2009, il participe à Poésie dans le métro et lit pendant quatre heuress des poèmes d’auteurs québécois vivants, sur les quais des stations Place-des-Arts, Berri-UQAM et Monmorency. Il a publié dans de nombreuses revues telles que Estuaire, Moebius, Liberté, Brèves, Vie des Arts etc, ainsi que dans les journaux Le Jour et Le Devoir.
De la poésie à l’anthologie, en passant par la critique, le récit et l’humour, il a publié plus d’une trentaine de livres. Patrick Coppens a reçu, en 1991, le Prix d’Excellence en création littéraire de la ville de Laval et la Médaille spéciale d’excellence artistique. Il est membre de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois.

Rimez, rimez, il en restera toujours quelque prose.

Autres séjours de Jean-Claude Pirotte

Chaque pays a ses écrivains maudits. Terre fertile des Lettres, la Belgique a le sien, Jean-Claude Pirotte, prosateur et poète, styliste avant tout, avocat ami des voyous, anarchiste profondément, passé maître dans l’art des fugues.

« Il a mis en scène sa propre malédiction. Il a été le comédien de sa propre comédie« , raconte Emmanuel Rimbert, diplomate français récemment en poste à Bruxelles, qui lui consacre un essai biographique (« Pirotte, le Pays du Hasard« , éditions Pierre-Guillaume de Roux).

Malédiction car le chantre mélancolique des ciels de Lotharingie, de la pluie et du gel, du vent et du vin a passé cinq années de sa vie en cavale après l’éclatement de « l’Affaire Pirotte » au milieu des années 1970. Et quelle comédie! Me Pirotte, brillant avocat à Namur (centre de la Belgique), traîne avec des repris de justice, turcs, albanais, algériens, et ne cache pas sa sympathie pour les déclassés. Il indispose le procureur local. En 1975, il est condamné à 18 mois de prison ferme pour avoir aidé un client à s’évader, ce qu’il niera toujours, et radié du barreau.

« L’évadé c’est lui, il va en France. Et il devient l’écrivain que l’on connaît« , résume Emmanuel Rimbert.

Pas très connu, à vrai dire, malgré quelques prestigieux prix littéraires. Le Namurois appartient à la famille des « petits maîtres » de la littérature: Dhôtel, Larbaud, Chardonne, Joubert le moraliste, Mac Orlan, Perros. La plupart, des auteurs pour écrivains, chéris par des cercles d’initiés.

– Belle oisiveté –

Sa fuite le conduira en France, en Bourgogne (centre-est), à Angoulême (sud-ouest), dans le Jura (est). « Je n’y peux rien, dès qu’il y a de la vigne dans le paysage je m’arrête. C’est dire que mes voyages ne m’ont jamais mené très loin« , avoue-t-il. Ses pérégrinations le mènent aussi en Catalogne, en Italie, au Portugal.

Pirotte est sans le sou, sans métier, vivant de rien, traînant sa « belle oisiveté« . Vagabond, un temps chiffonnier, un peu brocanteur. Avocat défroqué, il rentre pourtant en Wallonie à la fin de sa peine en 1981.

« Enfant terrible de nos lettres« , Pirotte a entretenu un rapport d' »amour-haine » avec son pays, relève le chroniqueur et critique belge Rony Demaeseneer.

« Etre né en Belgique (…) voilà une plaisante malédiction. Car ce pays n’existe pas (…) Quand on est Belge tôt ou tard on s’empresse de cesser de l’être. Généralement la métamorphose dure une vie entière« , confessait Pirotte en 1994.

Une vie placée sous le signe de la poésie. Né un 20 octobre (1939) comme Rimbaud, il s’éteint de multiples cancers un 24 mai (2014), jour anniversaire de la naissance d’Henri Michaux, poète et Namurois comme lui.

Une vie avec le vin: « Le vin, la littérature vivent dans un même verre« , jure cet « éclopé de cabaret« , qui a écrit des « Contes bleus du vin« , chroniques spirituelles (et spiritueuses) qu’il lisait chaque semaine à la radio RTBF.

– Pluri-indisciplinaire –

Voix râpeuse de fumeur invétéré, barbe en broussaille, caractère imprévisible, humour provocateur… Jean-Claude Pirotte fait penser à son alter ego français Antoine Blondin.

Il a signé une cinquantaine d’ouvrages dans un style où brille l’économie des mots, dont « Goût de cendre« , « Pluie à Rethel« , « La légende des petits matins« , « Il est minuit depuis toujours« , « Passage des ombres » ou « Un été dans la combe« .

Peintre aussi, Jean-Claude Pirotte était un artiste « pluri-indisciplinaire« , selon la formule du biographe, comme en a témoigné le récent hommage qui a rassemblé à Namur une cinquantaine d’enveloppes originales peintes ou dessinées par lui.

Il a beaucoup vendu de ses aquarelles pour vivre.

Ultime pirouette pirottienne: « Il est né à Namur, élevé tout près à Gembloux, il meurt à Namur. Ca fait 20 km en Lotharingie« , observe Emmanuel Rimbert.

« En fin de vie, il a retrouvé à Namur ses compagnons du temps où il était avocat, ses anciens clients qu’il avait défendus. Ils l’ont entouré quand la fin approchait. Ils se sont souvenus« .

Un grand merci à Patrick Coppens pour cette belle découverte.

Extraits

***

Je t’écris chaque jour
je sais que tu peux lire
d’instinct d’un seul coup d’œil
entre toutes les lignes

pensez-vous dit la voisine
il écrit à son chat
s’il vivait passe encore
mais son chat il est mort

***

La lune au coin du toit
aussi ronde que l’œil
ou plutôt la pupille
très jaune d’un chat noir

mais la lune était blanche
la nuit où tu es mort

***

N’en as-tu pas assez d’être mort ?
Ici nous te cherchons encore
l’heure est venue ne crois-tu pas
de recommencer une vie

avec le vent et la pluie
comme si c’était hier
ou même aux sources du temps

tu redeviendrais le gardien
de ce royaume du silence
où nous survivons égarés

***

Je sais que la mort me précède
depuis toujours – avant de naître
nous sommes tenus de mourir
c’est un mort qui commence à vivre

le vivant n’est que le fantôme
du revenant qu’il deviendra
pour lui-même à chaque détour
du temps à chaque heure du jour

et jusqu’à n’être enfin personne
une absence dans de beaux draps

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