Revue Coeur de plumes numéro 5

La version électronique de la revue Coeur de plumes numéro 5 est en ligne. La version papier sera disponible sous peu.

Merci à Vladimir Nicolas et toute son équipe pour cet excellent travail.

Lien: https://wetransfer.com/downloads/1a5d1e4ebb7bb8fa54172cc6f39f33ef20220331230441/04ab8969bcf6b231af2260c03a4111a520220331230441/31d87c

Mon texte en page 55:

*

Solitude

*

Du bois et des os ricochent
à la surface du jour
une onde s’étire
en secret
la neige nous désavoue
un archange pleure
les yeux dans les yeux
d’un oiseau de solitude

*
Un ange est au chevet
de petites apocalypses
ses ailes protectrices
ravivent
une odeur de roussi
de quelle respiration
intime
nous réchaufferons-nous
si nos dieux n’existent pas
(pleinement)

*
Par Christophe Condello

J’aime beaucoup la poésie de Jenny Cadot et Mykola Istyn que l’on y retrouve.

Bonne lecture à toutes et tous.

Poème Femme de l’aube dans le magazine algérien Trait-d’Union

Certains sujets sont comme les saisons, ils reviennent régulièrement, espérés et toujours enrichis de nouvelles expressions. Celui qui nous concerne ce mois-ci, et plus précisément le 8 mars, en l’honneur de « la Journée internationale des Droits de la Femme », vient de recueillir comme dans le précédent numéro de « Ana Hiya : La femme maghrébine, droit dans les yeux » une participation très encourageante autour des arts visuels et de la littérature des femmes.

Penser cette journée particulière à travers les différentes propositions des contributeurs et particulièrement pour premier espace d’enjeu les cinq pays du Maghreb, c’est apporter sa pierre de touche pour mieux mesurer le degré de pertinence de ce thème. Le sommaire de ce numéro est à lui seul une promesse d’originalité des regards et de diversité des points de vue. Chaque proposition inspire, interroge et fait vibrer des voix différentes et complémentaires, comme autant de relais et de porte-voix indispensables pour confirmer l’interdépendance de pensées universelles. C’est pourquoi, nous tenons à exprimer toute notre reconnaissance à notre invitée d’honneur, la comédienne et militante tunisienne Leila TOUBEL, qui a signé par sa remarquable plume l’édito de ce deuxième numéro. Toute notre gratitude va aussi vers l’artiste plasticienne algérienne Samia CHELOUFI qui a illustré par son univers onirique et haut en couleurs la couverture de ce numéro.

Nous remercions également chaque contributeur pour l’originalité des articles, textes et réflexions visuelles proposés ; Leïla SEBBAR, Hanen MAROUANI, Djouher MEZDAD, Edia LESAGE, Afif MOUATS, Asma BAYAR, Mohamed ABDALLAH, Nouha Wafaa HADDAOUI MESSAOUDI, Aya AMOR CHRIKI, Nourreddine LOUHAL, Alya MLAIKI, Christophe CONDELLO, Hanen ALLOUCH, Anne TRICOT, Hadjer BELHAMIDECHE et Nouha YAAKOUBI.

Nous remercions enfin, le directeur de la publication M. Abdelhakim Youcef Achira et toute l’équipe de Trait-d’Union Magazine pour sa remarquable synergie qui a permis à ce deuxième numéro de « Ana Hiya » d’arriver à bon port. Que ces généreux contributeurs et contributrices soient remerciés d’initier et de pousser toujours plus loin des réflexions sur le devenir de nos sociétés.

Jacqueline BRENOT et Imèn MOUSSA

Lien pour le magazine ici: http://www.traitdunionmagazine.com/appels-deres/

Mon texte se retrouve en pages 108 et 109.

Trait-d’Union a été lancé, sous forme de revue estudiantine, en février 2019 par le Club Littéraire de l’Étudiant Francophone de l’université de Chlef.
Le premier numéro de Trait-d’Union sous son nouveau format a été publié en juin 2020 avec Abdelhakim YOUCEF ACHIRA alias Adel Hakim comme directeur de la publication et Adil MESSAOUDI comme directeur de la rédaction.
Les auteurs : des académiciens, des journalistes, des chroniqueurs, des étudiants, des mordus de littérature et des amateurs d’arts.
Mais tous sont convaincus qu’il faut plus que jamais mener le combat des idées.
Trait-d’Union se décline sous la forme d’un magazine semestriel ainsi que du présent site web, véritable média d’analyse de l’actualité littéraire et culturelle mais aussi plateforme participative, où les lecteurs peuvent partager leurs chroniques et réflexions.

Poème Ce qui frémit sur le site Magnifique printemps

https://www.magnifiqueprintemps.fr/gmedia/christophe_condello-png/

Catherine Morency

*

Loin de l’Arkansas, j’implose

Tandis que le carbone mûrit
sur le dessein d’une étoile massive
trois noyaux d’hélium fusionnent
en une branche érigée rare

nos vie sauvages et rouges
immobiles dans la nature pourtant
précaire une masse creuse son sillon
à même la faim solaire et au centre

ce mois de mai qui à force
d’étincelle sublimait ses bombes
dans des rues plus larges
que la mesure du possible

quand je babillais haut et fort
toi tu buvais un petit lait suri
déjà la violence et l’orage
avaient renoncé à te prendre

venu de très loin tu investis
le corps entier de ma vie
au crépuscule déjà tu dessinais
des cimes je revoyais l’Hérault

quand les volcans crachèrent
en coulées de graphite
de petits os noircis
pour te rendre fou

avant que naisse la terre
braises dissimulées sous les charbons
nous voici dans les remous de mon ventre
bus par la soif douloureuse d’être mortels

*

Nul besoin de foulard il n’y a plus de vent, pas de robe à défaire, que mes veines livrées à l’heure pour tes fauves. 

*

Fini le temps des filles
clouées à découvert
un obus te traverse
quand tu bouges de là
finie l’ère du tais-toi
sois douce ou si peu
personne ne te regarde
fonds-toi au paysage
nous ne voyons
que ce qui nous érige
du sublime au silence
sois fraîche désaltère
Notre appétit est le socle
sur lequel tu te dresseras
lorsque nous aurons épuisé
la terre dont tu es locataire
souviens-toi la grenouille
à vouloir devenir bœuf
elle éclata, ma sœur
n’y suis-je point encore ?
Nenni. M’y voici donc ?
Point du tout.
c’est sale une grenouille
éviscérée en plein midi
Tu ne crois quand même pas
devenir seigneur prince ou marquis
ne rêve plus nous te bercerons
dans l’infime qui te panse
la mort te sera douce
plus commode qu’une tribune
en pâture où irais-tu
la mort ça repose petite
tu cherches un firmament
où sarcler ton espace
baise ce sol un instant
fais-toi bourgeon pétale

Fini le temps des filles
couche-toi là
prends ma main
frotte mon sexe
nous ne sommes plus vos chiennes
rompues au domestique
nous prendrons pied
sur un sentier plus juste
croître conquérir démesurer
La minuscule parcelle
que vous nous réserviez
a pris feu
voyez-la s’embraser
vous tremblerez la nuit
entre deux hécatombes
nous quitterons les fourrés
pour des routes sentinelles
nous abandonnons
vos énergies fossiles
forerons désormais
notre pesant de lumière
Nous esquissons un présage
une trame à notre mesure
ne réduirons plus notre spectre
à l’ombre de personne
nous nous sommes tues
modèles dormeuses natures
les servitudes se consument
rythment nos déflagrations
nous polissons nos armes
notre ardeur sera longue
sachez qu’est aboli le temps
où nous rampions

*

Catherine Morency est écrivaine et professeure. Elle est l’autrice des recueils Les impulsions orphelinesSans OuranosLes musées de l’air et des essais Poétique de l’émergence et des commencements, Marie Chouinard chorégrapheL’atelier de L’âge de la parole. Poétique du recueil chez Roland GiguèreLa littérature par elle-même). Elle enseigne la création littéraire et littérature québécoise à l’Université du Québec à Chicoutimi. Son univers poétique sonde à la fois les zones les plus noires de nos âmes et les lieux où, à force de luttes, d’acharnement et de convictions, la lumière jaillit. 

Publications de l’autrice:

Le jour survit à sa chute

Les impulsions orphelines

Sans Ouranos

Marie Chouinard. Chorégraphe

Les musées de l’air

Poétique de l’émergence et des commencements. Les premiers écrits de Miron, Lefrançois, Gauvreau, Giguère et Hébert

Poème improvisé de Pascal Perrot

Semer des fragments d’eden

malgré l’enfer et le reste

dans la bouche des vivants

Poème improvisé à la craie en mars 2022 sur la fontaine de Faidherbe Chaligny, Paris 11

Pascal Perrot

Fadwa Souleimane

*

Nuit

Dans l’obscurité éblouissante

mon visage est un charbon en fleurs

dans la blessure de la mémoire

et ma mémoire

est faite des villes qui meurent

effacées

par le déversement du temps dans un autre temps

Dans l’obscurité éblouissante

ma main droite est un pont formé des têtes de mes amis

et ma main gauche de forêts de bras coupés

qui continuent à réclamer la paix

dans l’obscurité éblouissante

Mon dernier souffle comme la chute de l’argent sur les villes

de cendres endormies brûlant

de Rome à la Palestine

d’Hitler à Daech

*

La fille s’enfuit
de la fenêtre donnant sur un nuage bleu
comme les rêves d’un enfant qui dort au sein de Dax

Damas
attend le retour de la fille dans la vieille maison

une paume comme le secret du jardin du Petit Escalère
un visage comme une paume de la maîtresse de la mort

La fille viendra avec ses cheveux de nuit
ô nuit longue ô fille

la fille viendra avec sa blessure qui enfantera
ô enfant malheureux ma fille
à la vieille maison la fille viendra

sa fenêtre donne sur des nuages semblables au rêve d’un
enfant à naître
qui est encore caché au sein de Dax

*

pluie sur pluie

argile sur argile

elle inclina sa nuque au vent

et son buste devant le tronc d’un arbre mûr

ses genoux elle les plia devant les cailloux

et son front elle l’abaissa devant la terre

elle offrit ses doigts aux abeilles

ses dents à la vérité

ses chansons aux roseaux

et ses pieds aux racines

elle donna son sang pour la noce du pollen

et laissa tomber sa chevelure sur le récit

*

Dans l’obscurité éblouissante

une voile ondule dans la nuit de l’Adour

l’étoile du matin sur les cheveux de Dax

La dernière goutte de vin

sur les lèvres de la carafe

qui dort dans les bras du jardin du Petit Escalère

une goutte de rosée sur la joue de Venus

empêche Rodin de dormir dans sa statue

les bijoux de l’Inde et de Saint-Germain

le tournesol de Van Gogh

l’encens du Tibet

les pierres du temple d’Apollon et de la mosquée des

Omeyyades

les cris du rameau du palmier mâle en fleurs contre Ophélie

*

Fadwa Souleimane est l’une des figures féminines de la révolution syrienne. Actrice, née en 1972 en Syrie, elle est diplômée de l’Institut supérieur d’arts dramatiques de Damas en 1997. Elle joue dans plusieurs séries télévisées et pièces de théâtre. Dès les premières semaines de manifestations en Syrie elle rejoint les rangs des insurgés à Damas et s’affiche publiquement en leur faveur. Une vidéo du 7 juillet 2011 la montre en train de manifester à Qaboun, un quartier de Damas. Elle harangue la foule et hurle : « Un, un, un, le peuple syrien est un », qui résonne particulièrement fort contre la propagande officielle.

Face aux accusations de sectarisme adressées aux manifestant·e·s, Fadwa Souleimane s’affiche en tant qu’Alaouite, la communauté minoritaire du clan au pouvoir. Désireuse de ne pas employer la rhétorique du pouvoir, elle emploie le terme des « gens de la côte » (comme dans la chanson reprise par les révolutionnaires, « Janna, Janna » [►Chants révolutionnaires • page 137]) et récuse le caractère communautaire du peuple syrien. Elle défile à plusieurs reprises avec des militantes de confessions minoritaires dans différents quartiers de Damas. Fadwa incarne le pacifisme des manifestations et leur non-communautarisation. Elle n’a de cesse d’inciter les habitants des quartiers alaouites des villes côtières de Tartous et de Lattaquié à rejoindre la révolution contre Bachar al-Assad.

En octobre 2011, elle s’installe à Homs dans les quartiers insurgés de Bayyada et Khaldiyyeh. Elle apparaît plusieurs fois en train de scander des slogans, accompagnée d’Abdel-Basset al-Sarout1. Fadwa Souleimane vit l’encerclement par l’armée des quartiers homsiotes dès novembre 2011. En janvier 2012, recherchée activement par les forces du régime, elle quitte Homs et se cache dans la banlieue de Damas. En mars 2012, toujours plus en danger, elle passe clandestinement la frontière avec la Jordanie dans le sud de la Syrie. L’ambassade de France lui délivre rapidement un visa, et elle atterrit le même mois à Paris. La militante ne se remet jamais vraiment de ce départ imposé. À Paris où elle est reçue en grande pompe à l’Hôtel de Ville, elle continue de militer mais sombre dans la dépression devant l’inaction de la communauté internationale en Syrie et son impuissance. Elle rencontre des groupes de militant·e·s et s’implique notamment dans le mouvement Nuit debout. Souffrant d’un cancer, elle décède le 17 août 2017 à Paris, où elle est enterrée.

Son parcours est à la fois très exceptionnel de par sa notoriété, et très banal, tant il est devenu celui de nombre de militant·e·s révolutionnaires sincères acculé·e·s à l’exil et réduit·e·s à l’impuissance à partir de 2012-2013.

Bibliographie:
• Le Passage, Lansman, traduction de l’arabe par Rania Samara (2013)
• À la pleine lune : poésie, le Soupirail, traduction de l’arabe par Nabil El Azan (2014)
• Dans l’obscurité éblouissante, Poésie, Al Manar, traduction de l’arabe par Sali El Jam (Juin 2017)

Prix Geneviève Amyot 2022

PREMIER PRIX – Sibylle Bolli pour Son visage de ciel parti

Sibylle Bolli naît en 1970, dans la région francophone de la Suisse, où elle vit, écrit et travaille actuellement. Plusieurs poètes dans la famille l’initient très jeune au bonheur de l’écriture. Après une maturité classique, elle obtient une licence en biologie, puis en médecine et se spécialise en psychiatrie et psychothérapie. Elle explore les sentiers d’écriture en prose et en poésie. Elle ne conçoit pas la vie sans écriture ni l’écriture sans la vie.

DEUXIÈME PRIX – Gabrielle Blain-Rochat pour Compter ses dents de lait

Gabrielle Blain-Rochat est née en 1997 dans un hôpital qui n’existe plus. Elle a étudié la création littéraire à l’Université de Montréal. Elle lit et écrit des poèmes. Le fragment, le journal et les écritures de soi l’intéressent aussi beaucoup. Elle vit à Tiohtià:ke – Mooniyang – Montréal, près de l’endroit où le ventre des avions effleure le sommet des églises.

TROISIÈME PRIX – Suzanne Lafrance pour Le bercement du cercle

Étudiante à la maîtrise en création littéraire (UQAM), Suzanne Lafrance a étudié auparavant en linguistique (UQAM), en philosophie et en anthropologie (UdeM). Artiste en arts visuels depuis 2005, elle explore les mêmes motifs par l’écriture et par le dessin : la traversée du commencement, les sensations du corps, la pensée et la parole poétique qui émerge.

MENTION – Corinne Larochelle pour D’outre-mer

Née à Trois-Rivières, Corinne Larochelle a publié plusieurs recueils de poésie dont Femme avec caméra (Noroît, 2011), un roman, Le Parfum de Janis (Cheval d’août, 2015) et un recueil de nouvelles, Pour cœurs appauvris (Cheval d’août, 2019). Elle a également participé au collectif Délier les lieux (Triptyque, 2018) sous la direction de Hector Ruiz. Elle enseigne la littérature au collège de Maisonneuve.

MENTION – Marilyne Busque-Dubois

Diplômée au baccalauréat en littérature, Marilyne Busque-Dubois est l’autrice de Carnet Brûlé (du monde qui crie), ainsi que de Territoire non-organisé du lac Pikauba : une approche poétique, et également cofondatrice du Centre de production en art actuel Les Ateliers, à Baie-Saint-Paul. Son travail poétique, installatif et d’estampe s’inspire d’expériences concrètes du territoire (randonnée, cueillette, voile) pour explorer les réciprocités entre intimité, féminisme et environnement. Ses œuvres ont pu être vues aux Promenades urbaines du Musée national des beaux-arts de Québec, au Livart, dans certains sentiers de la SEPAQ et maisons de la culture, ainsi que dans différentes revues de création tels que Zinc ou l’Écrit Primal.

Source: Bureau des affaires poétiques: http://www.affairespoetiques.ca/laureates2021?fbclid=IwAR1eAT0kthxKtgL5k2xyBf5CzDcfaMKqbdt6L0Eyx44s-sg7uhCo9coP5eI

Prix Arts Excellence de Culture Mauricie

C’est hier soir qu’avait lieu la remise des Prix Arts Excellence de Culture Mauricie. Pour l’occasion, Gaston Bellemare a été honoré et a reçu le Prix Hommage et la médaille des bâtisseurs pour son rôle de « pilier invétéré des arts et de la culture en Mauricie, au Québec et à travers le monde.

Normand de Bellefeuille par Ricardo Langlois

Un article de l’ami Ricardo sur Normand de Bellefeuille, sur le site lamétropole.com:

http://lametropole.com/arts/litterature/normand-de-bellefeuille-jetais-donc-maintenant-sur-la-terre/?fbclid=IwAR0qNPvI0RXfydj9e3tgpj5d-M3j-iRvu9qHtKD2YtvhZXqZ1GQppPrJStU

Bonne lecture.

Normand de Bellefeuille, J’étais donc maintenant sur la terre

Ricardo Langlois

Professeur, critique, éditeur et écrivain, Normand de Bellefeuille fait figure de monument dans le paysage littéraire québécois. Pour les besoins de son nouveau recueil, il s’est adjoint les services de Laurent Theillet, photographe et ami personnel de l’auteur. Cette chronique permet aujourd’hui de présenter l’oeuvre de Normand de Bellefeuille.
La génétique du poème

À la manière d’une confession, de Bellefeuille avoue candidement “qu’il écrit des romans de poète et que son roman “Un poker à Lascaux », publié aux Herbes rouges, avait rejoint 348 lecteurs à sa sortie” (1). Souvenez-vous de ces poètes : Anne Hébert, Paul Verlaine ou Jim Morrison qui ont tous publié à compte d’auteur. La poésie est une science du cœur (Christian Bobin). Grandir nous arrache. Les mots sont des traversiers. Choisir les mots les plus beaux, les plus courts. La poésie est une prière. De Bellefeuille sculpte les mots. Je me souviens de son recueil “Mon nom”, paru en 2009. J’y reviendrai un peu plus tard. D’entrée de jeu, le poète se décrit amèrement :

“Même enfant il y avait deux hommes
en moi et je crois bien que les deux déjà me détestaient”. (p.12)

L’intérieur de l’œuvre. L’archéologie des savoirs. (selon Michel Foucault) Le poète est critique. Il est le défenseur de sa propre voie. L’enfant poète, celui qui vit à contre-courant. Il habite son monde dans la lenteur.

“L’art de faire semblant et la lenteur terrestre Lenteur lenteur terrestre du temps”. (p.18)

Ou, un peu plus loin, l’enfant qui habite la nuit sans trop le savoir, au souffle du hasard. On vit. On meurt. Je suis avec le poète. Je comprends son parcours. C’est l’étonnement du poète et ses inquiétudes.

“Le poème est un acte souvent rebelle
Souvent urgent et heureusement presque anonyme”. (p.40)

Grandiose et minimaliste

Faire entendre sa voix malgré nos doutes et nos paradoxes.

“Une liturgie silencieuse car il arrive
Que même le silence hurle et on nomme
Cela un peu légèrement sans doute poème”. (p. 54)

C’est très beau. Ce n’est pas une cage de verre. Pas d’engueulade. Pour moi, c’est revenir à la lumière par l’écriture. Il n’est jamais facile d’écrire le poème sans le délester de la douleur de cette vie moderne.

“Oui, les mots me sont souvent venus Des cantiques et du Minuit Chrétien
Car je suis un enfant de la nuit et du froid De la fin de décembre”. (p. 80)

Écrire à tue-tête

Je fais un retour en arrière. Finaliste au prix du Gouverneur général, le recueil “Mon nom”. La solitude du poète. De l’être humain à la recherche d’illumination. Le métro est bondé. Tout le monde est absorbé par des images qui défilent sur l’écran du téléphone portable. Je repense à “J’écris à tue-tête” ; à cet extrait foudroyant qui vous écorche brutalement:

“J’écris en appui sur le vide
J’écris à tue-tête si fort qu’à langue perdue
Plus rien n’est reconnaissable d’une parole
Humaine en ce monde”. (3)

Je suis toujours dans ce métro bondé où je lis pendant que les passagers se bousculent aux stations afin de quitter les wagons. Je m’attarde à cet enfant trop sage. “Qui vit maintenant dans sa véritable cathédrale”. (p.96) Le poète évoque son parcours. Il évoque sa réalité. Il y a l’écho de Bonnefoy :

“Je l’écoute vibrer dans le rien de l’œuvre qui peine de par le monde “. (4)

Un mot sur Laurent Theillet.  Lui, il se situe ailleurs, dans une autre sphère, moins limpide:

Être une chose parmi les choses

Une pierre parmi les pierres”. (p. 41)

Parmi ces photos, des feuilles mortes. Le poète saisit l’instant hors du mouvement. L’artiste transcende l’ici-bas par un au-delà. Les atomes s’exilent plus loin que le lyrisme d’un poème. Un beau livre d’exploration et de souvenirs à propos de la réalité du poète dans son humanisme.

Notes
1. Entrevue, Le Devoir, 30 janvier 2010.
2. Normand de Bellefeuille, Mon nom, Éditions du Noroît, 2009, Finaliste au Gouverneur général.
3. Idem. P. 35
4. Yves Bonnefoy, Poèmes. NRF Gallimard, Anthologie. 1982.

Normand de Bellefeuille avec des œuvres de Laurent Theillet.
Pour cette analyse, je me suis consacré uniquement aux poèmes de Normand de Bellefeuille
Prix du Gouverneur général en 2000 pour La marche de l’aveugle, 2016, Le poème est une maison au bord de la mer.
J’étais donc maintenant sur la terre, Noroit 2022. Librairie Gallimard à Montréal. 23$.

https://www.gallimardmontreal.com/catalogue/livre/j-etais-donc-maintenant-sur-la-terre-de-bellefeuille-normand-9782897663476

Mokhtar El Amraoui

Printemps rêvé

Chante, aube, que dansent tes plumes !*

Qu’elles écrivent, libérées des malheurs,

Toute cette beauté qui s’allume,

Pour oublier toutes les laideurs,

Pour laisser fleurir, radieux de bonheur,

Un nouveau printemps habillé de chaudes lueurs,

Inondant de ses capiteux parfums les cœurs !

Qu’un nouveau soleil éteigne tristesses et pleurs !

Chante, aube, chante, que dansent tes plumes !

Qu’elles étreignent, dans leurs envols rieurs,

Pleinement la vie, sans les douleurs qui consument !

Qu’éclosent en merveilleux jardins nos couleurs!

Qu’elles noient de leur souffle la nuit de leurs horreurs!

*Titre de mon troisième recueil

©Mokhtar El Amraoui in «Nouveaux poèmes»

Merci, femmes!

Femmes

Des fibres de vos nerfs et insomnies

Vous offrez vos généreux douillets nids

Vous abritez la vie en naissance en croissance

De votre incessant labeur de vos souffrances

Bien plus que moitié tue tuée de l’univers

Vous êtes son âme oui Femmes son essence

Soyez-en fières nobles altières

Que d’horribles ingrats veulent sous terre

Faire taire dans l’obscure silencieuse misère

Vous avez refusé basses supplications

Prières enchaînées et soumissions

Vous êtes les tonitruantes matrices

De toutes les révolutions

Leurs vaillantes génitrices

Un seul non de vous

Vous qui allaitiez les ailes

Des premiers noms

Debout partout arrêterait tout

Joies chemins de jolies voix et fêtes

Tout deviendrait, Femmes, en l’âme,

Pour tout être, sèche défaite

De ses rêves, envols et quêtes

Un seul oui de vous fait renaître la vie

S’envolent angoisses et soucis

Un oui refusant tout esclavage et mépris

Femmes

Vous êtes rassurantes consolantes

Douces et fraîches ombres de confidentes

Dans l’enfer de leurs nuits sombres

Lumière pour les routes ardues des désemparés

Les protégeant de vos stellaires caresses

Offrant de vos profondeurs sans nombre

Le lait de votre sang jusqu’à liesse

Merci, Femmes

Vous qui vous adonnez

Sans compter au bonheur de l’humanité

Merci vous qui jamais n’abandonnez

Votre noble combat pour la liberté et la dignité

Merci, merci, merci, Femmes

Donneuses d’amour de vie et de paix

©Mokhtar El Amraoui in « Nouveaux poèmes »

La paix! La paix! La paix!

C’est de nouveau l’horrible nuit

Une si longue lourde nuit d’obus

Eteignant de ses feux crachés

Une eau réveillée à peine bue

Ce matin de nouveau le lait explose

En lèvres seins et pain ensanglantés

De rues cratères de crues engloutissant

Rêves et chairs de si chers ensevelis

Ecrasés tus tués comme tous ces chants

De printemps qu’on croyait enfin revenu

Après tant de soifs de faims de venins

Et d’interminables épines de chemins

Ce matin hélas c’est de nouveau l’affreuse nuit

Mais ce matin j’entends aussi gronder

De toutes leurs lumières entêtées

Les étoiles nécessaires possibles de la paix

Répétant de toutes ses ailes en larmes déployées

Contre toutes les armes qu’elle est pour l’humanité

La seule vraie victoire l’unique gloire

Et que la guerre avec ses mouroirs

N’apporte que trophées illusoires

Ce matin je les entends je les vois avancer

Les cœurs en radieuses ouvertes paumes

Ecarter la folle nuit et ses complaintes affolées

De leurs si doux doigts en fleurs allumées

Offrir en chœurs comme seul salvateur baume

Le si beau chant de la paix ! la paix ! la paix !

©Mokhtar El Amraoui in « Nouveaux poèmes »

Lettres de lumière

Dans son volume éolien,

l’oiseau a droit à ses lettres de lumière

là où le bleu en cris s’invite

comme une exclamation inattendue de fossile

en empreinte de main

couvrant l’étendue de l’histoire

charriant les culbutes sonores

graphiques des mots

tonitruances d’errances

retrouvailles de miroirs en souvenances

grains volant vers le sable

qui se fait la nuit

visages et vibrations d’approche

Mortels reprenez vos danses des recompositions

pour repeindre les cieux de vos rêves

et vous offrir vos pas impatients

qui sèmeront vos plumes d’envol !

©Mokhtar El Amraoui

in «Chante, aube, que dansent tes plumes !»

Mokhtar El Amraoui est un poète d’expression française né  le 19 mai 1955 à Mateur, en Tunisie, d’un père algérien et d’une mère tunisienne. Il a enseigné la littérature et la civilisation françaises pendant plus de trois décennies. Passionné de Poésie, depuis son enfance, il a publié quatre recueils. Le premier, en 2010, s’intitule « Arpèges sur les ailes de mes ans », le second, en 2014, « Le souffle des ressacs » et les troisième et quatrième en 2019, successivement   « Chante, aube, que dansent tes plumes ! » et « Dans le tumulte du labyrinthe ».

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