L’abordage – Infolettre du Sabord (octobre 2022)

 La campagne anniversaire de sociofinancement se poursuit

🎉🎉Déjà 61% de l’objectif atteint !Tout au long de l’année 2023, l’équipe du Sabord réalisera plusieurs activités : la publication d’un livret sur les œuvres de l’artiste Denis Charland, qui a été particulièrement important pour la revue, une exposition-anniversaire qui revisitera nos archives et qui proposera un Sabord futur, un tout nouveau site web, etc.Participer dès maintenant à notre campagne de prévente anniversaire 🎉🎉Vous pourrez obtenir des abonnements à rabais, des sacs réutilisables exclusifs, voir votre nom dans les numéros-anniversaire de la revue et… d’autres surprises !

LE SABORD DANS LES MÉDIAS« Marie-Ève Francœur : au creux de la lumière »(La Gazette de la Mauricie, septembre 2022)« Le Sabord | « Sutures » | 122 (recension) » (Zone Campus, 25 octobre 2022)

« Josette Villeneuve : tisserande du monde » (La Gazette de la Mauricie, octobre 2022)« Le prix Clément-Marchand va à Chantal




Carignan » (Le Nouvelliste, 28 octobre 2022)
Photo : Olivier Croteau 
               

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Création
littéraire
Fiorella Boucher, Simon Brown,
Stéphanie Filion, Marie-Ève Francoeur, Flavia Garcia, Clara Lamy,
Tina Laphengphratheng, Alex McCann, Julia Pawlowicz, Nana Quinn
et Annie Tenaglio. Création
visuelle
Sarah Chouinard-Poirier, Demi-mesure (Clara Cousineau + Marion Paquette), Jannick Deslauriers, Ahreum Lee, Chloë Lum & Yannick Desranleau et Eve Tagny.Entretiens
Michel Jean et Alice Zerini-Le Reste.

 Pour s’abonner Se procurer ce numéro Lire et écouter des extraits

ALBUMS SOUVENIRS
LANCEMENTS | 122 sutures
22 septembre 2022, Factrie 701, Shawinigan
21 octobre 2022, Atelier Silex, Trois-Rivières


Photo : Laurence Thériault
Découvrez la capsule de l’autrice Flavia Garcia sur le thème sutures.
AUTEUR.E.S / APPEL À TEXTES EN COURSARTISTES / APPEL À OEUVRES EN COURS
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Café littéraire ce mercredi à la bibliothèque Multiculturelle de Laval

Bonjour

C’est un rappel pour le café littéraire de l’automne, ce mercredi 2 novembre à 19 h à la bibliothèque Multiculturelle, 1535 Boul. Chomedey, Laval H7V 3Z4. 

L’Assemblement et la Société littéraire vous offrent une causerie avec deux écrivains néoquébécois des éditions Druide :

– Karim Akouche, celui-là même qui a reçu le 16 octobre dernier le prix Patrick-Coppens-Entrevous (si vous étiez là, au pavillon Laurier, vous voudrez revoir cet exceptionnel écrivain kabyle d’Algérie, et si vous n’y étiez pas, voilà l’unique occasion de l’entendre présenter à Laval son nouveau roman, La musique déréglée du monde, dans lequel un jeune narrateur défie, grâce à la poésie, les balles et le chaos)

– Vania Jimenez, une autrice née au Caire de parents arméniens, dont le roman à deux voix, Un pont entre nos vérités, concilie la déchirure de l’exil, la richesse des origines et la vie au Québec. 

Merci de soutenir, par votre participation au café littéraire, l’Assemblement, la Société littéraire et la littérature québécoise en langue française !

Danielle Shelton
Société littéraire de Laval – revue d’arts littéraires Entrevous

514 336-2938
societelitteraire@gmail.com

Jean-Luc Despax

*

Se Sentir Mieux Après Avoir Arrêté le Poème

20 minutes après le dernier poème
On récupère un peu ses esprits
8 heures après le dernier poème
On se fout de savoir si ça s’écrit poème ou poéme
3 jours après le dernier poème
Regarder la télé redevient plus facile : il était temps !
2 mois après le dernier poème
On trouve que le volume 2 de la super trilogie à la
mode, c’est vachement bien
1 an après le dernier poème
Le risque de s’être fait une intelligence critique
diminue de moitié
5 ans après le dernier poème
Le risque de réinventer le monde diminue presque
de moitié
10 ans après le dernier poème
Le risque d’être un animal politique est le même que
pour celui qui est un animal tout court
15 ans après le dernier poème
Le risque de crise cardiaque est le même que pour
ceux qui n’ont plus de cœur depuis longtemps.

*

Pour une Saint-Valentin Future

Tu voudrais que l’amour soit une fenêtre
La vitre vers l’Infini
Tu te plains de tomber sur un mur
Sur un couac, dans un Quick
Sans Musset ni Kerouac
Tu dis :
J’aurais dû tomber amoureux d’une porte
Parce qu’on peut sortir avec
Ou bien se la fermer
Pour longtemps
Et puis un jour tu aimes
Tu es aimé en retour
Et l’inverse
Ou ni l’un ni l’autre :
Qu’il n’y ait plus de portes

*

Liberté d’Expression

Il convoqua la presse
Pour annoncer
Qu’il se retirait
De la vie médiatique
La pria
De vérifier régulièrement
Qu’il tiendrait parole

Revint quinze jours plus tard

Philosophie des Lumières ?
Hédonisme des projecteurs.

*

Jean-Luc Despax est né en 1968. Professeur agrégé, diplômé en littérature comparée, il enseigne les lettres modernes en Île-de-France (Versailles). Poète, il reçoit le prix Arthur Rimbaud en 1991. Romancier, il a écrit sur le poète russe Ossip Mandelstam et sur la condition politique des enseignants. Il est également critique au journal Aujourd’hui poème et rédacteur en chef de la Revue Commune. Il tient un blog depuis mai 2007: http://lesdouzedeblog.blogs.nouvelobs.com.

Jean-Luc Despax est Président du P.E.N. club français (Poètes, essayistes, nouvellistes) et membre de l’Académie Mallarmé, de l’AICL, de l’AEAR et du jury du Grand prix de la critique littéraire.

David Bergeron, Ithaques et Dominique Robert,  Haïkus des neuf cercles par Ricardo Langlois sur lametropole.com

Un nouvel article de l’ami Ricardo sur lametropole.com: http://lametropole.com/arts/litterature/david-bergeron-ithaques/?fbclid=IwAR3YuCjwVYoibc58EUR4e_pn0zX0n8v0q5TaPSE5YjJCtBtAkkt58ylAikE

David Bergeron, Ithaques.  Par Ricardo Langlois
David Bergeron a des constructions imaginaires incroyables. Si vous aimez la poésie ésotérique (Pierre Ouellet, Francis Catalano, Renaud Longchamps), c’est pour vous. La vie qui cherche une configuration à travers le mouvement spontané. Comme une machinerie ou une allégorie. C’est une fable sur une île. Quelle île? En quoi les mers se traversent. (1 )
La réalité du rêve

Une réalité imaginaire avec des éléments qui éclatent. Le poète a-t-il inventé une légende? Quelles images coucherons-nous sur ces plaines soyeuses, sur les flancs abrupts des orages ? (2 ) Sur l’île on reliait entre elles les étoiles dans le ciel en se disant voici une forme voici une ombre. (p. 20 )

Le poète est un artiste. Il considère les hommes et la vie dans un processus très personnel. Il décompose souvent les images. La mer qui attaque la falaise la solitude l’écho le vin à bout de souffle un météore déchire la nuit.  (p. 28 )

Le poète Bergeron écrit sur l’aile du temps. Comment trouver le chemin? Qu’est-ce qui foudroie? (3 ) Je regarde les extraits que j’ai soulignés. Prenons celui-ci :  » Bleu noir le ciel comme un empire d’indifférence toujours on jure sur la tête de ceux qu’on aime. » (p. 38)

Rêvions-nous le monde?

Comme Don Quichotte, il transporte en lui la légende. C’est dans la réalité qu’il se trouve égaré (malgré lui ). Une recherche de Sens (la théologie de la terre). Un ciel bleu profond où sont les îles de l’enfance (disait Gilles Vigneault). Cette version de l’histoire il ne faudra pas la brusquer les choses existent si peu le sommeil des astres les mots dans la bouche du néant porcelaine poème(…) (p. 50 ) Rêvions-nous le monde?  pour reprendre l’idée d’Yves Bonnefoy. La poésie, la prose comme armes de survie. Écrire pour appréhender le monde. Trouver son île. Le processus du poète est une grande jouissance artistique. C’est sans doute l’idée de survivre à l’humanité.

Notes

1. Pierre Ouellet, Théâtre d’air, VLB éditeur 1989.p. 60.

2. René Lapierre, Renversements. Les herbes rouges 2011. p. 62.

3. Pierre Ouellet, Théâtre d’air, p. 80.

Notes à David. J’ai pensé à la chanson Les îles de l’enfance, une chanson que j’ai appris à la guitare. Les îles de l’enfance dorment sur l’eau du temps.

David Bergeron est professeur. Il nous présente son quatrième livre de poésie.

David Bergeron, Ithaques. Éditions Mains Libres 2022.

Dominique Robert,  Haïkus des neuf cercles. 

Ce livre est un défi pour moi. Érudition et maîtrise de la langue font partie de cette imagination extraordinaire. On parle ici d’une écriture de laboratoire, d’une poétique de sens.  Comment rapatrier cette contrée symbolique? (1 )

Liberté et créativité

Dominique Robert a déjà eu Le Grand Prix du Livre de la Ville de Montréal pour sa Cérémonie du maître. Hugues Corriveau a choisi les bons mots pour décrire son œuvre : troublant mélange des siècles, et pourtant même unité de nos sources requises pour recevoir la connaissance (2). Haïkus des neuf cercles n’échappe pas à la règle. L’autrice a étudié le japonais dans l’espoir de lire un jour des haïkus ou des poésies japonaises dans la langue originale. Le haïku est une forme poétique codifiée qui est attribuée au poète Basho Matsuo (1644-1694). Des tercets de trois vers qui forment des petits poèmes. L’idée des cercles n’est pas nouvelle : ce passage infini où l’incessante métamorphose, l’espace orphique, l’œuvre comme origine. (3 )

Interpréter les Cercles?

Effectivement

Qu’espère ce Maldoror

Avec soin percer?

Et ce Mallarmé?

Quoi le toque de minuit

Dont se coiffe Hamlet? (p. 56 )

Fais que vérité

Promène notre visage*

Inutilisable

(elle cite Mallarmé* )

Mon ensoleillée

Enfant de sauvage bleu

Qu’entourent nos bras. (p. 84 )

Elle cite Lautréamont, Mallarmé, le poète ultime. Poète de l’hermétisme qui se compare à Verlaine. On imagine le sourire indéfinissable de l’autrice. Elle évoque des filiations sur des coups de dés. C’est l’archéologie des mots. Une sorte d’arithmétique sur l’infini.

Et mon préféré :

Quel vent m’effleura?

Mon cœur battait plus vite

Qu’arrivait l’amour. (p. 16 )

Et un scoop? Qu’est-ce qu’un haïku? Petit sondage fait auprès de sept étudiant.e.s de l’Université, personne ne savait.  Peut-être une chanson? Je suis en mission pour vous faire découvrir les merveilles de la littérature.

Notes

1. Jacques Brault, Images à Mallarmé. Noroît. 2017. P. 48.

2. Entrevue Le Devoir, 21 novembre 2015.

3. Maurice Blanchot, L’espace littéraire. Folio 1996.

Dominique Robert, Haïkus des neuf cercles.  Les Mains Libres 2022.

Citation d’André Breton

L’étreinte poétique comme l’étreinte de chair
Tant qu’elle dure
Défend toute échappée sur la misère du monde

André Breton

Florent Toniello

*

Mondorf-les-Bains
Par litre :
chlorure, sept mille neuf cent cinquante milligrammes
sulfate, onze cent cinquante milligrammes
ammonium, zéro virgule quatre milligrammes
fer, cinq virgule soixante-dix-huit milligrammes
manganèse, zéro virgule dix-neuf milligrammes
sodium, trois mille trois cent quarante milligrammes (pouah !)
potassium, cent vingt milligrammes
gouttes métriques ? vingt mille !
Par mètre carré :
au moins dix personnes
Par canal auditif :
quatre-vingts décibels
Puis une fois sous l’eau
comme une délivrance
le chant de la baleine.

*

L’aube d’un matin calme a porté les nuées

ardentes des graviers aux lauzes chimériques

il est un temps secret où seule la physique

d’une bouillie menue accouche des vallées

des filaments obscurs rougeoient dans la chaleur

formant là de sucs premiers maints balbutiements    

lançant au ciel déjà ces vitaux éléments

qu’un démiurge inconnu de l’avenir demeur-

ant bien loin pourtant de notre vie de mystère

a gonflés de zéphyr pour composer la Terre 

*

C’est la première fois
depuis qu’on en distribue
aux serviteurs zélés de grade inférieur
que QUELQU’UN REFUSE DES STOCK-OPTIONS
me reproche-t-on dans un bureau climatisé.

Comme si enfant déjà en m’endormant
je rêvais de la richesse abondante
procurée par un cours d’action à la hausse.

*

Florent Toniello, né en 1972 à Lyon, commence une première vie dans l’informatique au sein d’une société transnationale, à Bruxelles et ailleurs. En 2012, il s’installe dans la capitale grand-ducale ; sa deuxième vie l’y fait correcteur, journaliste culturel et poète. S’ensuivent huit recueils de poésie publiés au Luxembourg, en Belgique et en France, une pièce musicale jouée au Théâtre ouvert Luxembourg et un roman de science-fiction. Pour l’instant, il n’est pas question d’une troisième vie.

Parutions récentes
Mélusine au gasoil, Facteur Galop (France), 2022
Vidée vers la mer pleine, éditions Phi (Luxembourg), 2021
Ganaha. Un conte futur dans une langue passée (roman), Jacques Flament (France), 2020
Foutu Poète improductif, Rafael de Surtis (France), 2018
Apotropaïque, éditions Phi (Luxembourg), 2018

Pierre Turcotte sur sa nouvelle chaîne YouTube lit son poème « Mise en scène » (« Patience en berne », Éditions Milot, Paris).

Benjamin Porquier

*

*

*

Ce poème a été partiellement publié dans le livre d’artiste Bruxelles, les poètes du marais (éd. Voltije), de février 2020.

nous avions                   tout
tout
le monde littéralement était à nous

les ronciers – les brûlures – les squelettes blancs au bord des chemins – Édouard
Glissant – les suintements d’huile – la faim acide qui crache comme un cancer –
cendres noires – les ombres et les décombres – la dent des ciels fermés – les murs
griffés de bouches – et la solitude à mille faces – l’absence aussi était à nous

nous avions                   tout
chaque cylindre d’univers                      sous chaque soleil
mille fois plus de soleils qu’on aurait voulu en compter
nous avions                   tout
posséder est une grande res-pon-sa-bi-li-té

*

je suis né à l’an zéro du néant
comme tout le monde               – comme tous les survivants
et chaque fois que je m’extirpe du sommeil
je suis Adam et Ève
je suis Chronos et Gaïa
je suis le tigre et le rat
je suis utopie et uchronie
les fleuves de vomi contre lesquels nous nous battons
naissent dans nos yeux, dans nos bouches
nos mains sont la source corrompue de tout
mon appétit
ton estomac
soumis à la pesanteur l’homme à la fin n’a d’autre alternative
                               que s’affaisser

*

te souviens-tu ?
après avoir ployé plus de mille siècles
le ciel s’est effondré à l’aube
déflagration ultime de poésie – et ça a fait BOOOOUUUUM – le ciel –
depuis, nous errons comme des rois dans la prison de l’horizon
et nos yeux sont ourlés de noir

*

vois où nous ont menés les derniers degrés du jour
nous avions                   tout
artisan de ma défaite je                       crie               (écho du vide)
j’accouche d’un CRI               (écho renouvelé du vide renouvelé)
familiarisé avec le froid – la faim – la soif – la dernière étincelle de vie
si ça ne rugit pas si ça ne se cambre pas en toi si tu n’étouffes pas si ça ne ravage pas ton ventre d’avoir la rage
alors tu règnes sur un hectare de corail mort

*

À vingt-quatre ans, Benjamin Porquier a quitté la France pour six mois. Il n’y est jamais vraiment revenu.
Il a été ingénieur, d’abord, s’est brûlé le cuir sous le soleil saoudien et le coeur sur bien des tables coréennes. Il a été clochard en Nouvelle-Zélande, aussi, a cueilli les olives dans les Pouilles et dansé le tango sous les portique de Bologna ; il a vécu l’Amazonie à travers les chants et rituels des maîtres curandeiros.
Désormais, il mène vie paisible à Bruxelles où il écrit en français, rêve en néerlandais, mange en italien, et lutte avec tant d’autres pour ne pas ployer sous les assauts répétés du ciel de la grande Babel – c’est-à-dire : il s’occupe de poésie.

Son premier recueil, Heimat, paraît en 2019 aux éditions de la Crypte (Fr).

Son blogue: https://lesmissetlenez.wordpress.com/

Fredric Gary Comeau

*

je te prêterai serment en dormant contre toi

t’offrirai mes rivages embrumés sous la lune

Invisible

je serai entier en frôlant ton sein gauche

serai celui qui se glisse entre tes abîmes océanes

ferai irruption dans tes rêves sylvestres

chaque fois que j’entendrai un grognement

de fauve

*

sur le rocher
toi
l’image qui taraude
vite la Népisiguit
rivière trouble
de l’enfance
legs des grincements
de la terre brutale
sur le rocher
toute ta vie devant toi
toute ta vie
le bout du monde
est peut-être bleu
mais tes yeux
étaient verts
et moi j’ai décidé
de désapprendre
à me taire

les mains flottantes
les longs doigts
Juste avant
de toucher une noire
sur le clavier
le piano de ta soeur
en dormance
depuis ses douze ans
comme une pierre dans sa tête
plus de musique pour elle
ni Ravel ni Grieg
mais toi
c’étaient les Beatles
qui vivaient entre tes doigts
jusqu’au jour
où tu as cessé de faire le poids
cendres et vents contraires
ceux qui restent ne s’ancrent pas

les feuilles sous nos pieds
suivant les ravages
l’animal n’est pas loin
la chasse ouverte
le petit frère réclame
la carabine du cousin
je fais un pas de travers
un pas de trop
et c’est la fuite
tirer trop tard
pire que ne pas
tirer du tout
tant de mondes s’écroulent
dans nos forêts nordiques
rouge et vert
les automnes de l’enfance
devenir un homme
apprendre à se taire

sur la route
vautré au fond
du siège passager
de l’Econoline blanche
de notre chasseur en chef
rouler vers le nord
rouler vers l’est
aller à la rencontre
de phrasés abrupts
de syllabes larges
entre Val-Comeau
et la pointe
de la péninsule
m’imprégnant doucement
des trésors cachés
dans des bouches
d’hommes à l’écoute
de ce que sculpte la marée

une cabane à la fois
construire ce qui restera
quand nous aurons répondu
aux appels des brumes
oublier la rumeur
de la forêt de l’aïeul
strate par strate
réordonner nos musiques
ne s’accrocher à rien
disperser l’amertume d’Adélard
sur les chemins trop lumineux
crachat noir
tabac dans l’herbe
entre mutisme et injures
abîmes abattement
forêts sans fin
forêts sans fin
forêts sans fin

les arbres d’avril
du sud-est au nord-est
deux heures de route
seulement deux heures
juste assez
pour arriver
quelques minutes à peine
après ton dernier souffle
course folle
couloir d’hôpital
freiné par l’oncle Yvon
un non de la tête
vingt ans plus tard
volutes dans mon jardin
nuit enveloppée
l’usine devient la mer
les sirènes ne chantent pas
ce corps s’oriente vers le sol

à cheval
après l’éternité
des semaines
des mois
dans l’enclos vaseux
de l’Irlandais
voilà le sentier
voilà la brèche
fini la jument fatiguée
moi
le père
deux jeunes quarter horses
Hank Williams
chanté à l’unisson
des chapeaux ridicules
vissés sur nos têtes
aux aurores impénitentes
nous devenons des bêtes

saison lente
saison longue
le bruit des motoneiges
la forêt trop blanche
pour mes yeux défectueux
encore une heure
de splendeurs floues
et nous arriverons
au camp
là il y aura
d’autres enfants
de la viande
de la musique
des quantités incommensurables
de bière
et de la fumée âcre
dans laquelle je pourrai voir
toutes les lunes de mes voyages

dans le temple
tout croche
un sourire sans éclat
le cercueil est fermé
le père moins guerrier
qu’à son habitude
les frères moins volubiles
plus de bile à cracher
nulle part
où se cacher
elle est morte
voilà
c’est fait
nous l’attendions
nous ne sommes pas ailleurs
nous sommes ici
au milieu
de toutes ses forteresses tombées

jouer du Bach
sur ma basse électrique
dans nos quartiers d’été
la baie est calme
l’oncle Yvon
émerveillé comme toujours
j’ai quatorze ans
je sais déjà
que ma vie sera faite
de petits deuils épars
de grondements sourds
d’attente fébrile
je ne serai pas utile
mais j’offrirai
à toutes les nuits
les débris de mes rêves
par ma bouche par mes doigts
je serai du voyage

mes histoires de fantômes
m’ont porté
de ma baie bleue
jusqu’à tes yeux
je t’ai cherchée
sur toutes les routes
les droites
les sinueuses
celles baignées de lumière
celles lourdes de nuit
mêler mon sang
au tien
fonder chapelle
sur sable mouvant
aimer assez
pour oublier la rivière
le rocher trop blanc
enfin cesser de flotter

dans la clairière
je déposerai
les chants anciens
qui se sont pesamment
accrochés à ma gorge
allongerai mon corps
sous ciel étoilé
attendrai l’effleurement du jour
avant d’entamer la marche
sur les sentiers laisserai
ce qui reste
de ta voix incertaine
de ton regard vert
de tes bras de tes doigts
qui savaient
d’où venait la musique
sur les sentiers je laisserai
tes bouts du monde à toi

*

Fredric Gary Comeau est un auteur-compositeur-interprète, romanncier, poète et peintre originaire de la baie de Népisiguit en Acadie. Il vit maintenant à Montréal.  

Enfant, Comeau savait déjà qu’il voulait raconter des histoires. Ses parents, perspicaces, lui ont offert une guitare et une machine à écrire le jour de ses sept ans. Il aimait déjà les chansons de grands raconteurs tels Hank Williams, Hank Snow, Johnny Cash, Willie Nelson, Emmylou Harris et tant d’autres. Il a découvert toutes ces voix grâce à son père, amateur de musique country et de grands espaces. Avec sa mère, il écoutait surtout des groupes comme les Beatles, les Beach Boys, les Rolling Stones. Un peu plus tard, au hasard des découvertes radiophoniques, il fut happé par le travail de Jim Croce, Gordon Lightfoot, Bruce Cockburn, Bruce Springsteen, Richie Havens, Bob Dylan et Leonard Cohen.  

La carrière artistique de Fredric Gary Comeau débute en 1991 avec la publication de son premier recueil de poèmes. Son quinzième fut lancé en 2016. Depuis 1999, il a fait paraître quatre albums de chansons bien accueillis par la critique. Il a également publié deux romans depuis 2013 et exposé ses tableaux dans plusieurs villes depuis 1992. Comeau est également le chanteur des groupes Atréal et The Kerouac Project.  

En ce moment, Comeau travaille sur l’écriture de deux nouveaux recueils de poèmes, une première pièce de théâtre, une nouvelle exposition de peintures ainsi que son troisième roman. Il prépare également la sortie de son cinquième album de chansons. The Glimmer a été ebregistré entre 2014 et 2017 au Studio Le Hublot, réalisé par François Richard et Alexis Martin, mixé par Mark Lawson (Arcade Fire, Lou Doillon) et mastérisé par Harris Newman.  

Son site: https://fredricgarycomeau.net/

Du fond de mon garde-robe-Leslie Piché- Samedi 29 octobre-10h

Demain super émission avec récital intime.

Développement inclus.

Du fond de mon garde-robe sur progcoreradio.com

À 10h le samedi, en reprise le mercredi suivant 18h.

Photos-poésie au menu…en audio !

Leslie Piché.

Prog Core Radio | 100% Prog, Rock & Indie

Vu par Leslie Piché à 09 h 38

Prog Core Radio | 100% Prog, Rock & Indie

Vu par Leslie Piché à 09 h 38

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