BOUTCHA de Lucie Poirier

Blanc ruban pour garder les mains entravées 

Oh! Vérité que l’on veut cacher 

Une femme à Moscou, à Montréal, allongées 

Tentatives pour exprimer la peine, la gravité 

Cette guerre prévisible n’est qu’amorcée 

Horreur parmi les cadavres, des femmes dénudées 

Amour, fleur, paix, poésie, vous êtes invoqués. 

Pour sensibiliser, inciter à la compassion, par empathie, indignation, inspirée par ACTION BOUTCHA-MOSCOU, j’ai été photographiée allongée lors d’une performance dans une rue de Montréal et j’ai composé le poème BOUTCHA. 

Ce poème est un acrostiche (chaque lettre du titre est la première lettre d’un vers), et une strophe carrée (je renouvelle cette forme classique par 7 vers de 7 mots chacun) avec une rime finale sur le son é. 

Je crois encore en la Poésie, qui est l’autel des mots; avec son Beau Langage, elle reste une rare occasion de partage d’humanité, d’amour et d’espoir. 

Pour la performance et la photo, j’ai les mains attachées dans le dos par un tissu blanc tel que des victimes ont été retrouvées en Ukraine, à Boutcha. J’ai retiré une chaussure afin de représenter le dénudement de victimes (partiel pour des hommes, complet pour des femmes; depuis plus de 1,000 ans le viol est une arme de guerre, que la zone de guerre soit la totalité d’une nation ou l’intimité d’une maison).  

Sur le fond noir de mes vêtements (des enquêteurs ont constaté l’état des défunts de Boutcha quand ils étaient dans des housses mortuaires noires), je tiens dans ma main une rose pâle pour symboliser la douceur, la bonté, la poésie qui manquent en ce monde. 

Poésie et performance :          Lucie Poirier 

Photographie :                        NODA 

L’éternité finira-t-elle par commencer-Patrick Joquel (2)

Préambule:

Entre pandémie et guerre, l’insolence de l’humanité à l’égard de la nature, de la connaissance, de l’histoire, de la vérité et de l’autre, est démentielle.

Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous taire.

Ainsi commence cette suite de poèmes, qui j’espère, sera multiple et multitude.

Un immense merci aux poètes qui joignent ici leur voix à la mienne.

Christophe Condello 24 février 2022

L’éternité finira-t-elle par commencer

Alors par Raynald Boucher

Alors
que la mer étale
dans un immense désir
d’une douceur clémente
nous ouvre ses bras…

un bouquet de mots me touche
m’éprouve
car leurs indicibles parfums
crient l’horreur opaque
causée par les despotes cruels

Et tandis qu’il existe
le temps béni
des immortelles amours…

de magnifiques roses noires
ou d’un rouge écarlate passionné
ourlés de fines corolles tatouées
aux riches coloris du bonheur…

s’étonnent dans le silence du soir
que leur subtile douceur sucrée
vienne chasser l’aura alourdi
de tant de ces douleurs
de trop de déceptions amères
voulant dénoncer la violence
de l’inutile mort du corps
celle de l’esprit torturé
et de cette chère liberté!

Poésie inspirée des photos de Marie Vigneron.
En hommage à la résilience du peuple Ukrainien.

Raynald Boucher

Despote cruel par Raynald Boucher

Poutine le mal-aimé

Ce terrible tyran

Qu’il quitte les rangs

D’une humanité

En quête de lumière…

Car il est noirceur 

Ce vil truand 

Qui n’a de cesse

De vouloir

Contrôler la terre

De voler, de piller

Tel un rapace vorace

Tout autour tel un vautour 

Sans détour, sans amour

Par cupidité par insipidité

De cœur et d’esprit dénaturés … 

Que s’unissent nos voix

Nos cris nos pleurs

Que nos mots

Deviennent compassion

Devant la douleur

Que subit ce peuple

Bien malgré lui…

J’ose croire 

Que les balafres affreuses

De cette horrible guerre

Causée par la folie meurtrière

De ce despote cruel et sanguinaire

Ne demeurent pas sans punition!

Car l’horreur et la détresse 

Causées aux corps et aux esprits 

Aux cœurs d’espoirs

En un monde meilleur

Sont à mes yeux

Inconcevables!

Et pourtant!

Il y a ces bombes

Et ces missiles 

Ces chars et ces artilleries lourdes

Déchirants le silence de la nuit…

Il y a ces oreilles sourdent

Aux bruits sordides 

Des canons

Aux pleurs aux cris d’enfants

Perdus dans la nuit

Au loin de leurs parents!

À qui doit-on ce prix 

Payé en vain

Ce sang ces yeux exorbitants

Versés en vingt en cent en mille

Et en millions

De délogés de déportés et d’amputés

Relégués au destin d’une mauvaise destinée!

En somme

Je n’ai qu’un espoir

Que cesse la guerre

Ces outrages militaires 

Contre une riche nation

Fière et prospère 

Qui n’a d’intention

Que d’offrir à sa population 

Qu’espoirs et rêves 

En des jours meilleurs 

Dans l’ici et maintenant?

Raynald Boucher

Le soir par Raynald Boucher

Le soir d’un cri déchirant
l’oubli du feu
qui dévore de l’intérieur
comme un dragon
de l’enfer de la rue
du désespoir
ce désert noir
de nos errances
balayées par l’ombre
sombre de nos peurs.

L’odieux a invité la guerre
au cœur d’un terrain de jeu
jeux de billes et jeux de pierres
lancées aux visages de ceux
qu’on a bannis jaloux
hideux et parias aux ventres creux
les regards vides prunelles bleu
et blanc et noir et rouge et jaune.

Sur le bitume les colombes tombent
comme les balcons devenus cercueils
sous les missiles et les bombes
sinistres cimetières d’hécatombes
en route de misère vers d’autres mondes
sous la pluie la neige le jour la nuit
le froid mordant tes habits en guenilles
endeuillés les pauvres enfants charriés
n’ont qu’un seul rêve c’est d’être heureux.

Raynald Boucher

Poésie du poète par Raynald Boucher

Poésie du poète aguerri à l’espoir
Étonné que tu es d’entendre tes mots ce matin
Entre les orages de pluie sous les voilages de satin
J’imagine que tu aimerais qu’ils s’envolent frileux
Espérant que dans l’ouverture du giron du monde
Là où se rencontrent d’autres ailleurs plus affables
Ceux du geste plus chaud à essayer d’être heureux
Malgré l’ombre planant en sifflant de noirs corbeaux

Dans leurs cœurs ils espèrent vers d’autres univers
Sans les bombes et les arnaques de plomb
Ils n’auront je le souhaite pas couru en vain
Laissant derrière eux des restes de vie
Espérant vivre vieux alors que s’entendent encore
Des bouts de chansons au rythme endiablé
Racontant que les arcanes prédisent l’horreur et la mort

Moi j’aimerais leur offrir l’espérance
Une rivière au détour d’un champ de pierre
Des fleurs aux corolles sucrées d’un vol de goélands
Une guitare de rires à la main fleurie des pétales de câlins
Des châles de bonheur sur leurs frêles épaules
Et mille sourires leur tenant de douceur dans le cœur…

Raynald Boucher

Je porterai à toi par Geneviève Catta

je porterai à toi

la joie

l’espérance

du battement des cœurs

même si tu es sourd

aux pétales

sur tes mains rugueuses

de pilleur

(tout peut arriver

dans ce long cri de la vie

à préserver)

Geneviève Catta

Guerre ou Paix de Patrick Coppens

Le sol avait le droit du sang
toute récolte se mérite
disent-ils l’air important
échos d’échos
véritables déserts
de carnages en moissons
bouches sinueuses
et rires en quinte
couleurs rompues
vies sacrifiées

Dans la serrure interloquée
l’oeil a tourné
pauvre mystère
l’absent arrête de respirer

Patrick Coppens

J’ai mal à l’âme par Aimée Dandois

J’ai mal à l’âme
déchirures
pluies de gravats
sifflements de roquettes

Clouant
à jamais
le seuil de l’enfance

Martyrs des cités
repliées sur elles-mêmes
nuits de smog meurtrier
poussières de ruines

Faites taire ce tonnerre
cette gronde
tout ce tumulte

Sbires en mal d’appâts
martelant le silence
tuant la paix
cessez! Cessez!

Que fusent
de l’âme les bruissements
au feutré du silence

Sans fêlures ni fracas
qu’émerge
cette musique intérieure
en un motet
sans failles

Vide de bruits
que la vie reprenne
son souffle

Aimée Dandois

Guerre en Ukraine par Germain Droogenbroodt (Traduction Elisabeth Gerlache)

*

Ici les amandiers sont en fleurs
un enchantement pour l’œil
qui aime la beauté
bientôt les orangers aussi
répandront leur parfum envoûtant
mais autre part la guerre fait rage
et le regard ne perçoit que ravage
et souffrance humaine
là ne fleurit aucun bourgeon
étouffés qu’ils sont dans la fumée
d’une violence barbare.

*

DESPOTE

La nuit a assailli l’aurore
et détourné de la paix
la précieuse lumière.
Le silence se tait
couvert par les détonations, le fracas des canons
et le hurlement des sirènes.
Impassible face à la douleur
─ même celle de son propre peuple

*

COLOMBE DE LA PAIX

Il pleut.
il pleut de la tristesse
pour les victimes innocentes
pour la destruction d’un pays
pour l’ampleur de la violence meurtrière
affamée la tourterelle quitte
la protection de son arbre
un lacet semblable
à l’anneau noir autour de son cou.

Germain Droogenbroodt

Haïkus par Iocasta Huppen

*

Giboulées de mars

l’ultimatum d’une saison à l’autre –-

à l’Est la guerre continue toujours

*

La guerre à nos portes –-

ma fille remplit des cœurs

aux couleurs bleu et jaune

*

Jours de printemps –-

je nous souhaite la paix

et des enfants heureux !

*

Iocasta Huppen

Haïku par Dominique Jacquet

l’oiseau lyre

dans le ciel de l’enfant –

brindille de paix.

Dominique Jacquet

En lisant le Monde du 7 avril 2022 par Patrick Joquel

à vélo

avec un petit drapeau du pays dans ta sacoche

un talisman protecteur

tu roules dans ta ville bombardée

avec une énorme douleur au cœur

dans chacune de tes oreilles

les détonations des missiles résonnent

bombardements incessants depuis des jours

et des jours

tu en perds le compte

autant que tu perds celui des bâtiments détruits

écoles

hôpitaux

jardins d’enfants

immeubles d’habitation

et combien de morts sans sépultures

combien

?

tu roules à travers la ville

avec cette douleur au ventre

tu n’as plus peur de rien

ni de l’armée ennemie

ni de la mort

tu es au-delà de la peur

vivant aujourd’hui ce présent

tu tentes

avec les autres

de vivre et de survivre

tous volontaires et solidaires

beaucoup ont quitté leur appartement détruit

pour une vie souterraine

dans les couloirs et les stations du métro

dans les wagons à quai

des matelas

des couvertures

des familles

l’un joue de son accordéon

l’autre somnole

les enfants jouent ou dessinent

certains sortent fumer dehors

ou bien parcourent la ville à la recherche de nourriture

ou pour aider ceux qui sont encore chez eux

sans gaz

sans électricité

sans eau

quel écart

entre ce 21e siècle

et cette réalité

Patrick Joquel

Le jour d’avant par Patrick Joquel

Le jour d’avant

partageait les réseaux sociaux

regardait les séries du moment

le jour d’avant riait en présentiel ou sur écran

le jour d’avant imaginait des lendemains joyeux

des futurs multipliés

le jour d’avant

le lendemain matin

c’était 15 minutes à boucler un sac

une valise à roulettes

et partir sous le fracas

terreur aux paupières

sans bien comprendre

où menait le mot fuir

sur la rive en face

oui bien sûr de l’autre côté

de la frontière

mais le jour d’après

sous tente

rêves pulvérisés

sans repères

sous famille tronquée

sans certitude

comment les imaginer avant hier?

comment penser à demain

quand l’aujourd’hui s’absente?

Patrick Joquel

Il faut cent jours de nuit par Benjamin Millazo

Il faut cent jours de nuit

dans les vents barbelés

l’étreinte masque les sangs
et défit les jours

il faut cent jours de nuit
pour meubler la glaise
d’inhumains fragments

je vois dispersé dépecé
un champ de blé sous un ciel bleu
une moisson de frayeurs
dans le givre d’un hiver
prêt à durer au creux
de corps dépossédés

il faut cent jours de nuit
pour que s’élèvent les voix
des chants libres
sa colère n’est pas ma colère
mais j’épouse ma condition
par force et conviction

les mots meurent les actes restent
ma déraison verte et vorace
cherche un asile qui ne masque
sous leurs pas
un déchirement indélébile

partir est le froid
d’une étoile polaire
que je sème sur ma famille
pendant que je presse ma prière
sur le cylindre froid et rouillé de mon AK
qui materne mon asile et ma terre

il faut cent jour de nuit
pour moissonner l’hiver
sucer le grain de la colère
mon manteau effilé
par les barbelés
devant un champ de roseaux
sans oiseaux
maudites mains invalides

je remarque
l’éclat rougeoyant
de mon vulgaire mégot
qui s’éteint
comme le soleil au loin

à côté luit encore
mon sourire expansé
figé pour l’éternité
les yeux vers les cieux
trempés dans le bleu nuit
de la mitraille

il a suffit d’une nuit
pour rompre le jour

Benjamin Milazzo

Le mur entre nous par Marie-Belle Ouellet

L’hiver frappe partout dans le monde.

Les déchirures d’un peuple.

Avec leur courage d’affronter la folie d’un seul homme.

Une guerre non désirée.

Ce froid glacial qui nous traverse tous.

Le besoin d’air qui coupe le souffle.

Cette envie de fermer les yeux pour ne pas voir les horreurs.

Pendant ce temps au Québec,

l’hiver nous assaille avec ces blizzards, ces froids et son silence.

Nos yeux rivés de l’autre côté de la planète.

À espérer que l’amour triomphera de la haine.

Marie-Belle Ouellet

L’enfant et Le jeu par Jean-Pierre Pelletier

L’enfant

L’enfant qui jouait avec nous
qui lançait des cailloux
et parfois pleurait
a grandi
puis est partie
dans un autre pays

Son souvenir et son visage
sont encore d’une clarté parfaite
ses mains tachées de boue
un ruban crème dans ses cheveux blonds

L’enfant qui jouait avec nous
retenait des chansons
de petites histoires
nous précédait au terrain de jeu
Elle nous maudissait
elle répétait
froissée et furibonde
des mots pour nous presque incompréhensibles
L’enfant qui jouait avec nous

Sa plainte
puissante
retentissait
quand on l’a emmenée dans un autre pays


Le jeu

Quand les avions passent dans le ciel
à très haute altitude
au-dessus de villages éloignés
les enfants cessent de jouer
lèvent de petites mains
en visière
pour regarder ce joli joujou voyageur

et dès qu’il disparaît derrière des nuages épars
les enfants s’élancent en force
vers un ballon en lambeaux
et répètent de petites comptines

mais personne ne sait
d’où viennent les mots

Jean-Pierre Pelletier

Le peuple de la terre par Lucien Wasselin

On l’appelait le peuple de la terre

Mais le plus souvent on ne l’appelait pas

Tant il fallait se pencher pour trouver un nom

A ce peuple sans gloire

A ce peuple courbé

Enraciné là

Le peuple de la terre

L’humble

Ces hommes ces femmes

Les très bas

Toujours à hauteur de ce sol

Qui les avait vus naître

Et n’être que si peu

Au regard de ces puissants

qu’ils nourrissaient

Peuple de ces yeux scrutant toujours le ciel

En attente d’une éclaircie ou d’une pluie

Le peuple de la terre

Au plus près de la mort

Pour donner la vie

Au plus près de l’humus

Au plus près de l’humain

Peuple de mains rudes

Dans le rythme exact des saisons

Peuple de patience et de consentement

Peuple du pays et du paysage

Qu’il dessinait inlassablement 

Les très bas

Les atterrés

Lucien Wasselin

Christophe Condello

1-

Nous esquissons des murs

avec des portes

pourquoi donc construire des murs

quand nous avons tant besoin d’amour

2-

La tendresse est un symbole 

d’éternité

la puissance infinie

de l’énergie

3-

Un tsar se sustente

de caviar

recueilli en mer Caspienne

repu par une chorégraphie 

de vagues pleines d’écume

et d’étoiles de fer

la paix elle

a le nez cassé

4-

La sève afflue

au bout de nos doigts

dans l’intime présence

du printemps hâtif

et de nos corps

désaccordés

5-

Dans chaque imaginaire

réside une part de vérité

et toute vérité comprend

aussi un soupçon

d’imaginaire

6-

Durant chacun de nos passages

ici

ou ailleurs

divers temps nous apportent

le silence

un peu d’espace et de lueur

entre nos atomes

nos voix ainsi lactées

7-

Nous ne refuserons jamais

la joie

ni l’instant

où nous sommes

enchevêtrés

dans la lumière

il y a la nuit

et beaucoup d’étoiles

entre nous

8-

Le vide doit-il rejoindre

un absolu

pour exister

souvent transformer l’abstraction

en tout

ce qui est

abondance

Christophe Condello

« Voici la fenêtre du chercheur urbain Lev Shevchenko à #Kiev. Il s’est barricadé avec des livres pour empêcher les cristaux de voler dans la pièce pendant le bombardement. »

(Katerina Sergatskova)

L’éternité finira-t-elle par commencer-Raynald Boucher (4)

Préambule:

Entre pandémie et guerre, l’insolence de l’humanité à l’égard de la nature, de la connaissance, de l’histoire, de la vérité et de l’autre, est démentielle.

Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous taire.

Ainsi commence cette suite de poèmes, qui j’espère, sera multiple et multitude.

Un immense merci aux poètes qui joignent ici leur voix à la mienne.

Christophe Condello 24 février 2022

L’éternité finira-t-elle par commencer

Alors par Raynald Boucher

Alors
que la mer étale
dans un immense désir
d’une douceur clémente
nous ouvre ses bras…

un bouquet de mots me touche
m’éprouve
car leurs indicibles parfums
crient l’horreur opaque
causée par les despotes cruels

Et tandis qu’il existe
le temps béni
des immortelles amours…

de magnifiques roses noires
ou d’un rouge écarlate passionné
ourlés de fines corolles tatouées
aux riches coloris du bonheur…

s’étonnent dans le silence du soir
que leur subtile douceur sucrée
vienne chasser l’aura alourdi
de tant de ces douleurs
de trop de déceptions amères
voulant dénoncer la violence
de l’inutile mort du corps
celle de l’esprit torturé
et de cette chère liberté!

Poésie inspirée des photos de Marie Vigneron.
En hommage à la résilience du peuple Ukrainien.

Raynald Boucher

Despote cruel par Raynald Boucher

Poutine le mal-aimé

Ce terrible tyran

Qu’il quitte les rangs

D’une humanité

En quête de lumière…

Car il est noirceur 

Ce vil truand 

Qui n’a de cesse

De vouloir

Contrôler la terre

De voler, de piller

Tel un rapace vorace

Tout autour tel un vautour 

Sans détour, sans amour

Par cupidité par insipidité

De cœur et d’esprit dénaturés … 

Que s’unissent nos voix

Nos cris nos pleurs

Que nos mots

Deviennent compassion

Devant la douleur

Que subit ce peuple

Bien malgré lui…

J’ose croire 

Que les balafres affreuses

De cette horrible guerre

Causée par la folie meurtrière

De ce despote cruel et sanguinaire

Ne demeurent pas sans punition!

Car l’horreur et la détresse 

Causées aux corps et aux esprits 

Aux cœurs d’espoirs

En un monde meilleur

Sont à mes yeux

Inconcevables!

Et pourtant!

Il y a ces bombes

Et ces missiles 

Ces chars et ces artilleries lourdes

Déchirants le silence de la nuit…

Il y a ces oreilles sourdent

Aux bruits sordides 

Des canons

Aux pleurs aux cris d’enfants

Perdus dans la nuit

Au loin de leurs parents!

À qui doit-on ce prix 

Payé en vain

Ce sang ces yeux exorbitants

Versés en vingt en cent en mille

Et en millions

De délogés de déportés et d’amputés

Relégués au destin d’une mauvaise destinée!

En somme

Je n’ai qu’un espoir

Que cesse la guerre

Ces outrages militaires 

Contre une riche nation

Fière et prospère 

Qui n’a d’intention

Que d’offrir à sa population 

Qu’espoirs et rêves 

En des jours meilleurs 

Dans l’ici et maintenant?

Raynald Boucher

Le soir par Raynald Boucher

Le soir d’un cri déchirant
l’oubli du feu
qui dévore de l’intérieur
comme un dragon
de l’enfer de la rue
du désespoir
ce désert noir
de nos errances
balayées par l’ombre
sombre de nos peurs.

L’odieux a invité la guerre
au cœur d’un terrain de jeu
jeux de billes et jeux de pierres
lancées aux visages de ceux
qu’on a bannis jaloux
hideux et parias aux ventres creux
les regards vides prunelles bleu
et blanc et noir et rouge et jaune.

Sur le bitume les colombes tombent
comme les balcons devenus cercueils
sous les missiles et les bombes
sinistres cimetières d’hécatombes
en route de misère vers d’autres mondes
sous la pluie la neige le jour la nuit
le froid mordant tes habits en guenilles
endeuillés les pauvres enfants charriés
n’ont qu’un seul rêve c’est d’être heureux.

Raynald Boucher

Poésie du poète par Raynald Boucher

Poésie du poète aguerri à l’espoir
Étonné que tu es d’entendre tes mots ce matin
Entre les orages de pluie sous les voilages de satin
J’imagine que tu aimerais qu’ils s’envolent frileux
Espérant que dans l’ouverture du giron du monde
Là où se rencontrent d’autres ailleurs plus affables
Ceux du geste plus chaud à essayer d’être heureux
Malgré l’ombre planant en sifflant de noirs corbeaux

Dans leurs cœurs ils espèrent vers d’autres univers
Sans les bombes et les arnaques de plomb
Ils n’auront je le souhaite pas couru en vain
Laissant derrière eux des restes de vie
Espérant vivre vieux alors que s’entendent encore
Des bouts de chansons au rythme endiablé
Racontant que les arcanes prédisent l’horreur et la mort

Moi j’aimerais leur offrir l’espérance
Une rivière au détour d’un champ de pierre
Des fleurs aux corolles sucrées d’un vol de goélands
Une guitare de rires à la main fleurie des pétales de câlins
Des châles de bonheur sur leurs frêles épaules
Et mille sourires leur tenant de douceur dans le cœur…

Raynald Boucher

Je porterai à toi par Geneviève Catta

je porterai à toi

la joie

l’espérance

du battement des cœurs

même si tu es sourd

aux pétales

sur tes mains rugueuses

de pilleur

(tout peut arriver

dans ce long cri de la vie

à préserver)

Geneviève Catta

Guerre ou Paix de Patrick Coppens

Le sol avait le droit du sang
toute récolte se mérite
disent-ils l’air important
échos d’échos
véritables déserts
de carnages en moissons
bouches sinueuses
et rires en quinte
couleurs rompues
vies sacrifiées

Dans la serrure interloquée
l’oeil a tourné
pauvre mystère
l’absent arrête de respirer

Patrick Coppens

J’ai mal à l’âme par Aimée Dandois

J’ai mal à l’âme
déchirures
pluies de gravats
sifflements de roquettes

Clouant
à jamais
le seuil de l’enfance

Martyrs des cités
repliées sur elles-mêmes
nuits de smog meurtrier
poussières de ruines

Faites taire ce tonnerre
cette gronde
tout ce tumulte

Sbires en mal d’appâts
martelant le silence
tuant la paix
cessez! Cessez!

Que fusent
de l’âme les bruissements
au feutré du silence

Sans fêlures ni fracas
qu’émerge
cette musique intérieure
en un motet
sans failles

Vide de bruits
que la vie reprenne
son souffle

Aimée Dandois

Guerre en Ukraine par Germain Droogenbroodt (Traduction Elisabeth Gerlache)

*

Ici les amandiers sont en fleurs
un enchantement pour l’œil
qui aime la beauté
bientôt les orangers aussi
répandront leur parfum envoûtant
mais autre part la guerre fait rage
et le regard ne perçoit que ravage
et souffrance humaine
là ne fleurit aucun bourgeon
étouffés qu’ils sont dans la fumée
d’une violence barbare.

*

DESPOTE

La nuit a assailli l’aurore
et détourné de la paix
la précieuse lumière.
Le silence se tait
couvert par les détonations, le fracas des canons
et le hurlement des sirènes.
Impassible face à la douleur
─ même celle de son propre peuple

*

COLOMBE DE LA PAIX

Il pleut.
il pleut de la tristesse
pour les victimes innocentes
pour la destruction d’un pays
pour l’ampleur de la violence meurtrière
affamée la tourterelle quitte
la protection de son arbre
un lacet semblable
à l’anneau noir autour de son cou.

Germain Droogenbroodt

Haïkus par Iocasta Huppen

*

Giboulées de mars

l’ultimatum d’une saison à l’autre –-

à l’Est la guerre continue toujours

*

La guerre à nos portes –-

ma fille remplit des cœurs

aux couleurs bleu et jaune

*

Jours de printemps –-

je nous souhaite la paix

et des enfants heureux !

*

Iocasta Huppen

Haïku par Dominique Jacquet

l’oiseau lyre

dans le ciel de l’enfant –

brindille de paix.

Dominique Jacquet

Le jour d’avant par Patrick Joquel

Le jour d’avant

partageait les réseaux sociaux

regardait les séries du moment

le jour d’avant riait en présentiel ou sur écran

le jour d’avant imaginait des lendemains joyeux

des futurs multipliés

le jour d’avant

le lendemain matin

c’était 15 minutes à boucler un sac

une valise à roulettes

et partir sous le fracas

terreur aux paupières

sans bien comprendre

où menait le mot fuir

sur la rive en face

oui bien sûr de l’autre côté

de la frontière

mais le jour d’après

sous tente

rêves pulvérisés

sans repères

sous famille tronquée

sans certitude

comment les imaginer avant hier?

comment penser à demain

quand l’aujourd’hui s’absente?

Patrick Joquel

Il faut cent jours de nuit par Benjamin Millazo

Il faut cent jours de nuit

dans les vents barbelés

l’étreinte masque les sangs
et défit les jours

il faut cent jours de nuit
pour meubler la glaise
d’inhumains fragments

je vois dispersé dépecé
un champ de blé sous un ciel bleu
une moisson de frayeurs
dans le givre d’un hiver
prêt à durer au creux
de corps dépossédés

il faut cent jours de nuit
pour que s’élèvent les voix
des chants libres
sa colère n’est pas ma colère
mais j’épouse ma condition
par force et conviction

les mots meurent les actes restent
ma déraison verte et vorace
cherche un asile qui ne masque
sous leurs pas
un déchirement indélébile

partir est le froid
d’une étoile polaire
que je sème sur ma famille
pendant que je presse ma prière
sur le cylindre froid et rouillé de mon AK
qui materne mon asile et ma terre

il faut cent jour de nuit
pour moissonner l’hiver
sucer le grain de la colère
mon manteau effilé
par les barbelés
devant un champ de roseaux
sans oiseaux
maudites mains invalides

je remarque
l’éclat rougeoyant
de mon vulgaire mégot
qui s’éteint
comme le soleil au loin

à côté luit encore
mon sourire expansé
figé pour l’éternité
les yeux vers les cieux
trempés dans le bleu nuit
de la mitraille

il a suffit d’une nuit
pour rompre le jour

Benjamin Milazzo

Le mur entre nous par Marie-Belle Ouellet

L’hiver frappe partout dans le monde.

Les déchirures d’un peuple.

Avec leur courage d’affronter la folie d’un seul homme.

Une guerre non désirée.

Ce froid glacial qui nous traverse tous.

Le besoin d’air qui coupe le souffle.

Cette envie de fermer les yeux pour ne pas voir les horreurs.

Pendant ce temps au Québec,

l’hiver nous assaille avec ces blizzards, ces froids et son silence.

Nos yeux rivés de l’autre côté de la planète.

À espérer que l’amour triomphera de la haine.

Marie-Belle Ouellet

L’enfant et Le jeu par Jean-Pierre Pelletier

L’enfant

L’enfant qui jouait avec nous
qui lançait des cailloux
et parfois pleurait
a grandi
puis est partie
dans un autre pays

Son souvenir et son visage
sont encore d’une clarté parfaite
ses mains tachées de boue
un ruban crème dans ses cheveux blonds

L’enfant qui jouait avec nous
retenait des chansons
de petites histoires
nous précédait au terrain de jeu
Elle nous maudissait
elle répétait
froissée et furibonde
des mots pour nous presque incompréhensibles
L’enfant qui jouait avec nous

Sa plainte
puissante
retentissait
quand on l’a emmenée dans un autre pays


Le jeu

Quand les avions passent dans le ciel
à très haute altitude
au-dessus de villages éloignés
les enfants cessent de jouer
lèvent de petites mains
en visière
pour regarder ce joli joujou voyageur

et dès qu’il disparaît derrière des nuages épars
les enfants s’élancent en force
vers un ballon en lambeaux
et répètent de petites comptines

mais personne ne sait
d’où viennent les mots

Jean-Pierre Pelletier

Le peuple de la terre par Lucien Wasselin

On l’appelait le peuple de la terre

Mais le plus souvent on ne l’appelait pas

Tant il fallait se pencher pour trouver un nom

A ce peuple sans gloire

A ce peuple courbé

Enraciné là

Le peuple de la terre

L’humble

Ces hommes ces femmes

Les très bas

Toujours à hauteur de ce sol

Qui les avait vus naître

Et n’être que si peu

Au regard de ces puissants

qu’ils nourrissaient

Peuple de ces yeux scrutant toujours le ciel

En attente d’une éclaircie ou d’une pluie

Le peuple de la terre

Au plus près de la mort

Pour donner la vie

Au plus près de l’humus

Au plus près de l’humain

Peuple de mains rudes

Dans le rythme exact des saisons

Peuple de patience et de consentement

Peuple du pays et du paysage

Qu’il dessinait inlassablement 

Les très bas

Les atterrés

Lucien Wasselin

Christophe Condello

1-

Nous esquissons des murs

avec des portes

pourquoi donc construire des murs

quand nous avons tant besoin d’amour

2-

La tendresse est un symbole 

d’éternité

la puissance infinie

de l’énergie

3-

Un tsar se sustente

de caviar

recueilli en mer Caspienne

repu par une chorégraphie 

de vagues pleines d’écume

et d’étoiles de fer

la paix elle

a le nez cassé

4-

La sève afflue

au bout de nos doigts

dans l’intime présence

du printemps hâtif

et de nos corps

désaccordés

5-

Dans chaque imaginaire

réside une part de vérité

et toute vérité comprend

aussi un soupçon

d’imaginaire

6-

Durant chacun de nos passages

ici

ou ailleurs

divers temps nous apportent

le silence

un peu d’espace et de lueur

entre nos atomes

nos voix ainsi lactées

7-

Nous ne refuserons jamais

la joie

ni l’instant

où nous sommes

enchevêtrés

dans la lumière

il y a la nuit

et beaucoup d’étoiles

entre nous

8-

Le vide doit-il rejoindre

un absolu

pour exister

souvent transformer l’abstraction

en tout

ce qui est

abondance

Christophe Condello

« Voici la fenêtre du chercheur urbain Lev Shevchenko à #Kiev. Il s’est barricadé avec des livres pour empêcher les cristaux de voler dans la pièce pendant le bombardement. »

(Katerina Sergatskova)

L’éternité finira-t-elle par commencer-Lucien Wasselin

Préambule:

Entre pandémie et guerre, l’insolence de l’humanité à l’égard de la nature, de la connaissance, de l’histoire, de la vérité et de l’autre, est démentielle.

Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous taire.

Ainsi commence cette suite de poèmes, qui j’espère, sera multiple et multitude.

Un immense merci aux poètes qui joignent ici leur voix à la mienne.

Christophe Condello 24 février 2022

L’éternité finira-t-elle par commencer

Alors par Raynald Boucher

Alors
que la mer étale
dans un immense désir
d’une douceur clémente
nous ouvre ses bras…

un bouquet de mots me touche
m’éprouve
car leurs indicibles parfums
crient l’horreur opaque
causée par les despotes cruels

Et tandis qu’il existe
le temps béni
des immortelles amours…

de magnifiques roses noires
ou d’un rouge écarlate passionné
ourlés de fines corolles tatouées
aux riches coloris du bonheur…

s’étonnent dans le silence du soir
que leur subtile douceur sucrée
vienne chasser l’aura alourdi
de tant de ces douleurs
de trop de déceptions amères
voulant dénoncer la violence
de l’inutile mort du corps
celle de l’esprit torturé
et de cette chère liberté!

Poésie inspirée des photos de Marie Vigneron.
En hommage à la résilience du peuple Ukrainien.

Raynald Boucher

Despote cruel par Raynald Boucher

Poutine le mal-aimé

Ce terrible tyran

Qu’il quitte les rangs

D’une humanité

En quête de lumière…

Car il est noirceur 

Ce vil truand 

Qui n’a de cesse

De vouloir

Contrôler la terre

De voler, de piller

Tel un rapace vorace

Tout autour tel un vautour 

Sans détour, sans amour

Par cupidité par insipidité

De cœur et d’esprit dénaturés … 

Que s’unissent nos voix

Nos cris nos pleurs

Que nos mots

Deviennent compassion

Devant la douleur

Que subit ce peuple

Bien malgré lui…

J’ose croire 

Que les balafres affreuses

De cette horrible guerre

Causée par la folie meurtrière

De ce despote cruel et sanguinaire

Ne demeurent pas sans punition!

Car l’horreur et la détresse 

Causées aux corps et aux esprits 

Aux cœurs d’espoirs

En un monde meilleur

Sont à mes yeux

Inconcevables!

Et pourtant!

Il y a ces bombes

Et ces missiles 

Ces chars et ces artilleries lourdes

Déchirants le silence de la nuit…

Il y a ces oreilles sourdent

Aux bruits sordides 

Des canons

Aux pleurs aux cris d’enfants

Perdus dans la nuit

Au loin de leurs parents!

À qui doit-on ce prix 

Payé en vain

Ce sang ces yeux exorbitants

Versés en vingt en cent en mille

Et en millions

De délogés de déportés et d’amputés

Relégués au destin d’une mauvaise destinée!

En somme

Je n’ai qu’un espoir

Que cesse la guerre

Ces outrages militaires 

Contre une riche nation

Fière et prospère 

Qui n’a d’intention

Que d’offrir à sa population 

Qu’espoirs et rêves 

En des jours meilleurs 

Dans l’ici et maintenant?

Raynald Boucher

Poésie du poète par Raynald Boucher

Poésie du poète aguerri à l’espoir
Étonné que tu es d’entendre tes mots ce matin
Entre les orages de pluie sous les voilages de satin
J’imagine que tu aimerais qu’ils s’envolent frileux
Espérant que dans l’ouverture du giron du monde
Là où se rencontrent d’autres ailleurs plus affables
Ceux du geste plus chaud à essayer d’être heureux
Malgré l’ombre planant en sifflant de noirs corbeaux

Dans leurs cœurs ils espèrent vers d’autres univers
Sans les bombes et les arnaques de plomb
Ils n’auront je le souhaite pas couru en vain
Laissant derrière eux des restes de vie
Espérant vivre vieux alors que s’entendent encore
Des bouts de chansons au rythme endiablé
Racontant que les arcanes prédisent l’horreur et la mort

Moi j’aimerais leur offrir l’espérance
Une rivière au détour d’un champ de pierre
Des fleurs aux corolles sucrées d’un vol de goélands
Une guitare de rires à la main fleurie des pétales de câlins
Des châles de bonheur sur leurs frêles épaules
Et mille sourires leur tenant de douceur dans le cœur…

Raynald Boucher

Je porterai à toi par Geneviève Catta

je porterai à toi

la joie

l’espérance

du battement des cœurs

même si tu es sourd

aux pétales

sur tes mains rugueuses

de pilleur

(tout peut arriver

dans ce long cri de la vie

à préserver)

Geneviève Catta

Guerre ou Paix de Patrick Coppens

Le sol avait le droit du sang
toute récolte se mérite
disent-ils l’air important
échos d’échos
véritables déserts
de carnages en moissons
bouches sinueuses
et rires en quinte
couleurs rompues
vies sacrifiées

Dans la serrure interloquée
l’oeil a tourné
pauvre mystère
l’absent arrête de respirer

Patrick Coppens

J’ai mal à l’âme par Aimée Dandois

J’ai mal à l’âme
déchirures
pluies de gravats
sifflements de roquettes

Clouant
à jamais
le seuil de l’enfance

Martyrs des cités
repliées sur elles-mêmes
nuits de smog meurtrier
poussières de ruines

Faites taire ce tonnerre
cette gronde
tout ce tumulte

Sbires en mal d’appâts
martelant le silence
tuant la paix
cessez! Cessez!

Que fusent
de l’âme les bruissements
au feutré du silence

Sans fêlures ni fracas
qu’émerge
cette musique intérieure
en un motet
sans failles

Vide de bruits
que la vie reprenne
son souffle

Aimée Dandois

Guerre en Ukraine par Germain Droogenbroodt (Traduction Elisabeth Gerlache)

*

Ici les amandiers sont en fleurs
un enchantement pour l’œil
qui aime la beauté
bientôt les orangers aussi
répandront leur parfum envoûtant
mais autre part la guerre fait rage
et le regard ne perçoit que ravage
et souffrance humaine
là ne fleurit aucun bourgeon
étouffés qu’ils sont dans la fumée
d’une violence barbare.

*

DESPOTE

La nuit a assailli l’aurore
et détourné de la paix
la précieuse lumière.
Le silence se tait
couvert par les détonations, le fracas des canons
et le hurlement des sirènes.
Impassible face à la douleur
─ même celle de son propre peuple

*

COLOMBE DE LA PAIX

Il pleut.
il pleut de la tristesse
pour les victimes innocentes
pour la destruction d’un pays
pour l’ampleur de la violence meurtrière
affamée la tourterelle quitte
la protection de son arbre
un lacet semblable
à l’anneau noir autour de son cou.

Germain Droogenbroodt

Haïkus par Iocasta Huppen

*

Giboulées de mars

l’ultimatum d’une saison à l’autre –-

à l’Est la guerre continue toujours

*

La guerre à nos portes –-

ma fille remplit des cœurs

aux couleurs bleu et jaune

*

Jours de printemps –-

je nous souhaite la paix

et des enfants heureux !

*

Iocasta Huppen

Haïku par Dominique Jacquet

l’oiseau lyre

dans le ciel de l’enfant –

brindille de paix.

Dominique Jacquet

Le jour d’avant par Patrick Joquel

Le jour d’avant

partageait les réseaux sociaux

regardait les séries du moment

le jour d’avant riait en présentiel ou sur écran

le jour d’avant imaginait des lendemains joyeux

des futurs multipliés

le jour d’avant

le lendemain matin

c’était 15 minutes à boucler un sac

une valise à roulettes

et partir sous le fracas

terreur aux paupières

sans bien comprendre

où menait le mot fuir

sur la rive en face

oui bien sûr de l’autre côté

de la frontière

mais le jour d’après

sous tente

rêves pulvérisés

sans repères

sous famille tronquée

sans certitude

comment les imaginer avant hier?

comment penser à demain

quand l’aujourd’hui s’absente?

Patrick Joquel

Il faut cent jours de nuit par Benjamin Millazo

Il faut cent jours de nuit

dans les vents barbelés

l’étreinte masque les sangs
et défit les jours

il faut cent jours de nuit
pour meubler la glaise
d’inhumains fragments

je vois dispersé dépecé
un champ de blé sous un ciel bleu
une moisson de frayeurs
dans le givre d’un hiver
prêt à durer au creux
de corps dépossédés

il faut cent jours de nuit
pour que s’élèvent les voix
des chants libres
sa colère n’est pas ma colère
mais j’épouse ma condition
par force et conviction

les mots meurent les actes restent
ma déraison verte et vorace
cherche un asile qui ne masque
sous leurs pas
un déchirement indélébile

partir est le froid
d’une étoile polaire
que je sème sur ma famille
pendant que je presse ma prière
sur le cylindre froid et rouillé de mon AK
qui materne mon asile et ma terre

il faut cent jour de nuit
pour moissonner l’hiver
sucer le grain de la colère
mon manteau effilé
par les barbelés
devant un champ de roseaux
sans oiseaux
maudites mains invalides

je remarque
l’éclat rougeoyant
de mon vulgaire mégot
qui s’éteint
comme le soleil au loin

à côté luit encore
mon sourire expansé
figé pour l’éternité
les yeux vers les cieux
trempés dans le bleu nuit
de la mitraille

il a suffit d’une nuit
pour rompre le jour

Benjamin Milazzo

Le mur entre nous par Marie-Belle Ouellet

L’hiver frappe partout dans le monde.

Les déchirures d’un peuple.

Avec leur courage d’affronter la folie d’un seul homme.

Une guerre non désirée.

Ce froid glacial qui nous traverse tous.

Le besoin d’air qui coupe le souffle.

Cette envie de fermer les yeux pour ne pas voir les horreurs.

Pendant ce temps au Québec,

l’hiver nous assaille avec ces blizzards, ces froids et son silence.

Nos yeux rivés de l’autre côté de la planète.

À espérer que l’amour triomphera de la haine.

Marie-Belle Ouellet

L’enfant et Le jeu par Jean-Pierre Pelletier

L’enfant

L’enfant qui jouait avec nous
qui lançait des cailloux
et parfois pleurait
a grandi
puis est partie
dans un autre pays

Son souvenir et son visage
sont encore d’une clarté parfaite
ses mains tachées de boue
un ruban crème dans ses cheveux blonds

L’enfant qui jouait avec nous
retenait des chansons
de petites histoires
nous précédait au terrain de jeu
Elle nous maudissait
elle répétait
froissée et furibonde
des mots pour nous presque incompréhensibles
L’enfant qui jouait avec nous

Sa plainte
puissante
retentissait
quand on l’a emmenée dans un autre pays


Le jeu

Quand les avions passent dans le ciel
à très haute altitude
au-dessus de villages éloignés
les enfants cessent de jouer
lèvent de petites mains
en visière
pour regarder ce joli joujou voyageur

et dès qu’il disparaît derrière des nuages épars
les enfants s’élancent en force
vers un ballon en lambeaux
et répètent de petites comptines

mais personne ne sait
d’où viennent les mots

Jean-Pierre Pelletier

Le peuple de la terre par Lucien Wasselin

On l’appelait le peuple de la terre

Mais le plus souvent on ne l’appelait pas

Tant il fallait se pencher pour trouver un nom

A ce peuple sans gloire

A ce peuple courbé

Enraciné là

Le peuple de la terre

L’humble

Ces hommes ces femmes

Les très bas

Toujours à hauteur de ce sol

Qui les avait vus naître

Et n’être que si peu

Au regard de ces puissants

qu’ils nourrissaient

Peuple de ces yeux scrutant toujours le ciel

En attente d’une éclaircie ou d’une pluie

Le peuple de la terre

Au plus près de la mort

Pour donner la vie

Au plus près de l’humus

Au plus près de l’humain

Peuple de mains rudes

Dans le rythme exact des saisons

Peuple de patience et de consentement

Peuple du pays et du paysage

Qu’il dessinait inlassablement 

Les très bas

Les atterrés

Lucien Wasselin

Christophe Condello

1-

Nous esquissons des murs

avec des portes

pourquoi donc construire des murs

quand nous avons tant besoin d’amour

2-

La tendresse est un symbole 

d’éternité

la puissance infinie

de l’énergie

3-

Un tsar se sustente

de caviar

recueilli en mer Caspienne

repu par une chorégraphie 

de vagues pleines d’écume

et d’étoiles de fer

la paix elle

a le nez cassé

4-

La sève afflue

au bout de nos doigts

dans l’intime présence

du printemps hâtif

et de nos corps

désaccordés

5-

Dans chaque imaginaire

réside une part de vérité

et toute vérité comprend

aussi un soupçon

d’imaginaire

6-

Durant chacun de nos passages

ici

ou ailleurs

divers temps nous apportent

le silence

un peu d’espace et de lueur

entre nos atomes

nos voix ainsi lactées

7-

Nous ne refuserons jamais

la joie

ni l’instant

où nous sommes

enchevêtrés

dans la lumière

il y a la nuit

et beaucoup d’étoiles

entre nous

8-

Le vide doit-il rejoindre

un absolu

pour exister

souvent transformer l’abstraction

en tout

ce qui est

abondance

Christophe Condello

« Voici la fenêtre du chercheur urbain Lev Shevchenko à #Kiev. Il s’est barricadé avec des livres pour empêcher les cristaux de voler dans la pièce pendant le bombardement. »

(Katerina Sergatskova)

L’éternité finira-t-elle par commencer- Raynald Boucher (3)

Préambule:

Entre pandémie et guerre, l’insolence de l’humanité à l’égard de la nature, de la connaissance, de l’histoire, de la vérité et de l’autre, est démentielle.

Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous taire.

Ainsi commence cette suite de poèmes, qui j’espère, sera multiple et multitude.

Un immense merci aux poètes qui joignent ici leur voix à la mienne.

Christophe Condello 24 février 2022

L’éternité finira-t-elle par commencer

Alors par Raynald Boucher

Alors
que la mer étale
dans un immense désir
d’une douceur clémente
nous ouvre ses bras…

un bouquet de mots me touche
m’éprouve
car leurs indicibles parfums
crient l’horreur opaque
causée par les despotes cruels

Et tandis qu’il existe
le temps béni
des immortelles amours…

de magnifiques roses noires
ou d’un rouge écarlate passionné
ourlés de fines corolles tatouées
aux riches coloris du bonheur…

s’étonnent dans le silence du soir
que leur subtile douceur sucrée
vienne chasser l’aura alourdi
de tant de ces douleurs
de trop de déceptions amères
voulant dénoncer la violence
de l’inutile mort du corps
celle de l’esprit torturé
et de cette chère liberté!

Poésie inspirée des photos de Marie Vigneron.
En hommage à la résilience du peuple Ukrainien.

Raynald Boucher

Despote cruel par Raynald Boucher

Poutine le mal-aimé

Ce terrible tyran

Qu’il quitte les rangs

D’une humanité

En quête de lumière…

Car il est noirceur 

Ce vil truand 

Qui n’a de cesse

De vouloir

Contrôler la terre

De voler, de piller

Tel un rapace vorace

Tout autour tel un vautour 

Sans détour, sans amour

Par cupidité par insipidité

De cœur et d’esprit dénaturés … 

Que s’unissent nos voix

Nos cris nos pleurs

Que nos mots

Deviennent compassion

Devant la douleur

Que subit ce peuple

Bien malgré lui…

J’ose croire 

Que les balafres affreuses

De cette horrible guerre

Causée par la folie meurtrière

De ce despote cruel et sanguinaire

Ne demeurent pas sans punition!

Car l’horreur et la détresse 

Causées aux corps et aux esprits 

Aux cœurs d’espoirs

En un monde meilleur

Sont à mes yeux

Inconcevables!

Et pourtant!

Il y a ces bombes

Et ces missiles 

Ces chars et ces artilleries lourdes

Déchirants le silence de la nuit…

Il y a ces oreilles sourdent

Aux bruits sordides 

Des canons

Aux pleurs aux cris d’enfants

Perdus dans la nuit

Au loin de leurs parents!

À qui doit-on ce prix 

Payé en vain

Ce sang ces yeux exorbitants

Versés en vingt en cent en mille

Et en millions

De délogés de déportés et d’amputés

Relégués au destin d’une mauvaise destinée!

En somme

Je n’ai qu’un espoir

Que cesse la guerre

Ces outrages militaires 

Contre une riche nation

Fière et prospère 

Qui n’a d’intention

Que d’offrir à sa population 

Qu’espoirs et rêves 

En des jours meilleurs 

Dans l’ici et maintenant?

Raynald Boucher

Poésie du poète par Raynald Boucher

Poésie du poète aguerri à l’espoir
Étonné que tu es d’entendre tes mots ce matin
Entre les orages de pluie sous les voilages de satin
J’imagine que tu aimerais qu’ils s’envolent frileux
Espérant que dans l’ouverture du giron du monde
Là où se rencontrent d’autres ailleurs plus affables
Ceux du geste plus chaud à essayer d’être heureux
Malgré l’ombre planant en sifflant de noirs corbeaux

Dans leurs cœurs ils espèrent vers d’autres univers
Sans les bombes et les arnaques de plomb
Ils n’auront je le souhaite pas couru en vain
Laissant derrière eux des restes de vie
Espérant vivre vieux alors que s’entendent encore
Des bouts de chansons au rythme endiablé
Racontant que les arcanes prédisent l’horreur et la mort

Moi j’aimerais leur offrir l’espérance
Une rivière au détour d’un champ de pierre
Des fleurs aux corolles sucrées d’un vol de goélands
Une guitare de rires à la main fleurie des pétales de câlins
Des châles de bonheur sur leurs frêles épaules
Et mille sourires leur tenant de douceur dans le cœur…

Raynald Boucher

Je porterai à toi par Geneviève Catta

je porterai à toi

la joie

l’espérance

du battement des cœurs

même si tu es sourd

aux pétales

sur tes mains rugueuses

de pilleur

(tout peut arriver

dans ce long cri de la vie

à préserver)

Geneviève Catta

Guerre ou Paix de Patrick Coppens

Le sol avait le droit du sang
toute récolte se mérite
disent-ils l’air important
échos d’échos
véritables déserts
de carnages en moissons
bouches sinueuses
et rires en quinte
couleurs rompues
vies sacrifiées

Dans la serrure interloquée
l’oeil a tourné
pauvre mystère
l’absent arrête de respirer

Patrick Coppens

J’ai mal à l’âme par Aimée Dandois

J’ai mal à l’âme
déchirures
pluies de gravats
sifflements de roquettes

Clouant
à jamais
le seuil de l’enfance

Martyrs des cités
repliées sur elles-mêmes
nuits de smog meurtrier
poussières de ruines

Faites taire ce tonnerre
cette gronde
tout ce tumulte

Sbires en mal d’appâts
martelant le silence
tuant la paix
cessez! Cessez!

Que fusent
de l’âme les bruissements
au feutré du silence

Sans fêlures ni fracas
qu’émerge
cette musique intérieure
en un motet
sans failles

Vide de bruits
que la vie reprenne
son souffle

Aimée Dandois

Guerre en Ukraine par Germain Droogenbroodt (Traduction Elisabeth Gerlache)

*

Ici les amandiers sont en fleurs
un enchantement pour l’œil
qui aime la beauté
bientôt les orangers aussi
répandront leur parfum envoûtant
mais autre part la guerre fait rage
et le regard ne perçoit que ravage
et souffrance humaine
là ne fleurit aucun bourgeon
étouffés qu’ils sont dans la fumée
d’une violence barbare.

*

DESPOTE

La nuit a assailli l’aurore
et détourné de la paix
la précieuse lumière.
Le silence se tait
couvert par les détonations, le fracas des canons
et le hurlement des sirènes.
Impassible face à la douleur
─ même celle de son propre peuple

*

COLOMBE DE LA PAIX

Il pleut.
il pleut de la tristesse
pour les victimes innocentes
pour la destruction d’un pays
pour l’ampleur de la violence meurtrière
affamée la tourterelle quitte
la protection de son arbre
un lacet semblable
à l’anneau noir autour de son cou.

Germain Droogenbroodt

Haïkus par Iocasta Huppen

*

Giboulées de mars

l’ultimatum d’une saison à l’autre –-

à l’Est la guerre continue toujours

*

La guerre à nos portes –-

ma fille remplit des cœurs

aux couleurs bleu et jaune

*

Jours de printemps –-

je nous souhaite la paix

et des enfants heureux !

*

Iocasta Huppen

Haïku par Dominique Jacquet

l’oiseau lyre

dans le ciel de l’enfant –

brindille de paix.

Dominique Jacquet

Le jour d’avant par Patrick Joquel

Le jour d’avant

partageait les réseaux sociaux

regardait les séries du moment

le jour d’avant riait en présentiel ou sur écran

le jour d’avant imaginait des lendemains joyeux

des futurs multipliés

le jour d’avant

le lendemain matin

c’était 15 minutes à boucler un sac

une valise à roulettes

et partir sous le fracas

terreur aux paupières

sans bien comprendre

où menait le mot fuir

sur la rive en face

oui bien sûr de l’autre côté

de la frontière

mais le jour d’après

sous tente

rêves pulvérisés

sans repères

sous famille tronquée

sans certitude

comment les imaginer avant hier?

comment penser à demain

quand l’aujourd’hui s’absente?

Patrick Joquel

Il faut cent jours de nuit par Benjamin Millazo

Il faut cent jours de nuit

dans les vents barbelés

l’étreinte masque les sangs
et défit les jours

il faut cent jours de nuit
pour meubler la glaise
d’inhumains fragments

je vois dispersé dépecé
un champ de blé sous un ciel bleu
une moisson de frayeurs
dans le givre d’un hiver
prêt à durer au creux
de corps dépossédés

il faut cent jours de nuit
pour que s’élèvent les voix
des chants libres
sa colère n’est pas ma colère
mais j’épouse ma condition
par force et conviction

les mots meurent les actes restent
ma déraison verte et vorace
cherche un asile qui ne masque
sous leurs pas
un déchirement indélébile

partir est le froid
d’une étoile polaire
que je sème sur ma famille
pendant que je presse ma prière
sur le cylindre froid et rouillé de mon AK
qui materne mon asile et ma terre

il faut cent jour de nuit
pour moissonner l’hiver
sucer le grain de la colère
mon manteau effilé
par les barbelés
devant un champ de roseaux
sans oiseaux
maudites mains invalides

je remarque
l’éclat rougeoyant
de mon vulgaire mégot
qui s’éteint
comme le soleil au loin

à côté luit encore
mon sourire expansé
figé pour l’éternité
les yeux vers les cieux
trempés dans le bleu nuit
de la mitraille

il a suffit d’une nuit
pour rompre le jour

Benjamin Milazzo

Le mur entre nous par Marie-Belle Ouellet

L’hiver frappe partout dans le monde.

Les déchirures d’un peuple.

Avec leur courage d’affronter la folie d’un seul homme.

Une guerre non désirée.

Ce froid glacial qui nous traverse tous.

Le besoin d’air qui coupe le souffle.

Cette envie de fermer les yeux pour ne pas voir les horreurs.

Pendant ce temps au Québec,

l’hiver nous assaille avec ces blizzards, ces froids et son silence.

Nos yeux rivés de l’autre côté de la planète.

À espérer que l’amour triomphera de la haine.

Marie-Belle Ouellet

L’enfant et Le jeu par Jean-Pierre Pelletier

L’enfant

L’enfant qui jouait avec nous
qui lançait des cailloux
et parfois pleurait
a grandi
puis est partie
dans un autre pays

Son souvenir et son visage
sont encore d’une clarté parfaite
ses mains tachées de boue
un ruban crème dans ses cheveux blonds

L’enfant qui jouait avec nous
retenait des chansons
de petites histoires
nous précédait au terrain de jeu
Elle nous maudissait
elle répétait
froissée et furibonde
des mots pour nous presque incompréhensibles
L’enfant qui jouait avec nous

Sa plainte
puissante
retentissait
quand on l’a emmenée dans un autre pays


Le jeu

Quand les avions passent dans le ciel
à très haute altitude
au-dessus de villages éloignés
les enfants cessent de jouer
lèvent de petites mains
en visière
pour regarder ce joli joujou voyageur

et dès qu’il disparaît derrière des nuages épars
les enfants s’élancent en force
vers un ballon en lambeaux
et répètent de petites comptines

mais personne ne sait
d’où viennent les mots

Jean-Pierre Pelletier

Christophe Condello

1-

Nous esquissons des murs

avec des portes

pourquoi donc construire des murs

quand nous avons tant besoin d’amour

2-

La tendresse est un symbole 

d’éternité

la puissance infinie

de l’énergie

3-

Un tsar se sustente

de caviar

recueilli en mer Caspienne

repu par une chorégraphie 

de vagues pleines d’écume

et d’étoiles de fer

la paix elle

a le nez cassé

4-

La sève afflue

au bout de nos doigts

dans l’intime présence

du printemps hâtif

et de nos corps

désaccordés

5-

Dans chaque imaginaire

réside une part de vérité

et toute vérité comprend

aussi un soupçon

d’imaginaire

6-

Durant chacun de nos passages

ici

ou ailleurs

divers temps nous apportent

le silence

un peu d’espace et de lueur

entre nos atomes

nos voix ainsi lactées

7-

Nous ne refuserons jamais

la joie

ni l’instant

où nous sommes

enchevêtrés

dans la lumière

il y a la nuit

et beaucoup d’étoiles

entre nous

8-

Le vide doit-il rejoindre

un absolu

pour exister

souvent transformer l’abstraction

en tout

ce qui est

abondance

Christophe Condello

« Voici la fenêtre du chercheur urbain Lev Shevchenko à #Kiev. Il s’est barricadé avec des livres pour empêcher les cristaux de voler dans la pièce pendant le bombardement. »

(Katerina Sergatskova)

L’éternité finira-t-elle par commencer – Marie-Belle Ouellet

Préambule:

Entre pandémie et guerre, l’insolence de l’humanité à l’égard de la nature, de la connaissance, de l’histoire, de la vérité et de l’autre, est démentielle.

Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous taire.

Ainsi commence cette suite de poèmes, qui j’espère, sera multiple et multitude.

Un immense merci aux poètes qui joignent ici leur voix à la mienne.

Christophe Condello 24 février 2022

L’éternité finira-t-elle par commencer

Despote cruel par Raynald Boucher

Poutine le mal-aimé

Ce terrible tyran

Qu’il quitte les rangs

D’une humanité

En quête de lumière…

Car il est noirceur 

Ce vil truand 

Qui n’a de cesse

De vouloir

Contrôler la terre

De voler, de piller

Tel un rapace vorace

Tout autour tel un vautour 

Sans détour, sans amour

Par cupidité par insipidité

De cœur et d’esprit dénaturés … 

Que s’unissent nos voix

Nos cris nos pleurs

Que nos mots

Deviennent compassion

Devant la douleur

Que subit ce peuple

Bien malgré lui…

J’ose croire 

Que les balafres affreuses

De cette horrible guerre

Causée par la folie meurtrière

De ce despote cruel et sanguinaire

Ne demeurent pas sans punition!

Car l’horreur et la détresse 

Causées aux corps et aux esprits 

Aux cœurs d’espoirs

En un monde meilleur

Sont à mes yeux

Inconcevables!

Et pourtant!

Il y a ces bombes

Et ces missiles 

Ces chars et ces artilleries lourdes

Déchirants le silence de la nuit…

Il y a ces oreilles sourdent

Aux bruits sordides 

Des canons

Aux pleurs aux cris d’enfants

Perdus dans la nuit

Au loin de leurs parents!

À qui doit-on ce prix 

Payé en vain

Ce sang ces yeux exorbitants

Versés en vingt en cent en mille

Et en millions

De délogés de déportés et d’amputés

Relégués au destin d’une mauvaise destinée!

En somme

Je n’ai qu’un espoir

Que cesse la guerre

Ces outrages militaires 

Contre une riche nation

Fière et prospère 

Qui n’a d’intention

Que d’offrir à sa population 

Qu’espoirs et rêves 

En des jours meilleurs 

Dans l’ici et maintenant?

Raynald Boucher

Poésie du poète par Raynald Boucher

Poésie du poète aguerri à l’espoir
Étonné que tu es d’entendre tes mots ce matin
Entre les orages de pluie sous les voilages de satin
J’imagine que tu aimerais qu’ils s’envolent frileux
Espérant que dans l’ouverture du giron du monde
Là où se rencontrent d’autres ailleurs plus affables
Ceux du geste plus chaud à essayer d’être heureux
Malgré l’ombre planant en sifflant de noirs corbeaux

Dans leurs cœurs ils espèrent vers d’autres univers
Sans les bombes et les arnaques de plomb
Ils n’auront je le souhaite pas couru en vain
Laissant derrière eux des restes de vie
Espérant vivre vieux alors que s’entendent encore
Des bouts de chansons au rythme endiablé
Racontant que les arcanes prédisent l’horreur et la mort

Moi j’aimerais leur offrir l’espérance
Une rivière au détour d’un champ de pierre
Des fleurs aux corolles sucrées d’un vol de goélands
Une guitare de rires à la main fleurie des pétales de câlins
Des châles de bonheur sur leurs frêles épaules
Et mille sourires leur tenant de douceur dans le cœur…

Raynald Boucher

Je porterai à toi par Geneviève Catta

je porterai à toi

la joie

l’espérance

du battement des cœurs

même si tu es sourd

aux pétales

sur tes mains rugueuses

de pilleur

(tout peut arriver

dans ce long cri de la vie

à préserver)

Geneviève Catta

Guerre ou Paix de Patrick Coppens

Le sol avait le droit du sang
toute récolte se mérite
disent-ils l’air important
échos d’échos
véritables déserts
de carnages en moissons
bouches sinueuses
et rires en quinte
couleurs rompues
vies sacrifiées

Dans la serrure interloquée
l’oeil a tourné
pauvre mystère
l’absent arrête de respirer

Patrick Coppens

J’ai mal à l’âme par Aimée Dandois

J’ai mal à l’âme
déchirures
pluies de gravats
sifflements de roquettes

Clouant
à jamais
le seuil de l’enfance

Martyrs des cités
repliées sur elles-mêmes
nuits de smog meurtrier
poussières de ruines

Faites taire ce tonnerre
cette gronde
tout ce tumulte

Sbires en mal d’appâts
martelant le silence
tuant la paix
cessez! Cessez!

Que fusent
de l’âme les bruissements
au feutré du silence

Sans fêlures ni fracas
qu’émerge
cette musique intérieure
en un motet
sans failles

Vide de bruits
que la vie reprenne
son souffle

Aimée Dandois

Guerre en Ukraine par Germain Droogenbroodt (Traduction Elisabeth Gerlache)

*

Ici les amandiers sont en fleurs
un enchantement pour l’œil
qui aime la beauté
bientôt les orangers aussi
répandront leur parfum envoûtant
mais autre part la guerre fait rage
et le regard ne perçoit que ravage
et souffrance humaine
là ne fleurit aucun bourgeon
étouffés qu’ils sont dans la fumée
d’une violence barbare.

*

DESPOTE

La nuit a assailli l’aurore
et détourné de la paix
la précieuse lumière.
Le silence se tait
couvert par les détonations, le fracas des canons
et le hurlement des sirènes.
Impassible face à la douleur
─ même celle de son propre peuple

*

COLOMBE DE LA PAIX

Il pleut.
il pleut de la tristesse
pour les victimes innocentes
pour la destruction d’un pays
pour l’ampleur de la violence meurtrière
affamée la tourterelle quitte
la protection de son arbre
un lacet semblable
à l’anneau noir autour de son cou.

Germain Droogenbroodt

Haïkus par Iocasta Huppen

*

Giboulées de mars

l’ultimatum d’une saison à l’autre –-

à l’Est la guerre continue toujours

*

La guerre à nos portes –-

ma fille remplit des cœurs

aux couleurs bleu et jaune

*

Jours de printemps –-

je nous souhaite la paix

et des enfants heureux !

*

Iocasta Huppen

Haïku par Dominique Jacquet

l’oiseau lyre

dans le ciel de l’enfant –

brindille de paix.

Dominique Jacquet

Le jour d’avant par Patrick Joquel

Le jour d’avant

partageait les réseaux sociaux

regardait les séries du moment

le jour d’avant riait en présentiel ou sur écran

le jour d’avant imaginait des lendemains joyeux

des futurs multipliés

le jour d’avant

le lendemain matin

c’était 15 minutes à boucler un sac

une valise à roulettes

et partir sous le fracas

terreur aux paupières

sans bien comprendre

où menait le mot fuir

sur la rive en face

oui bien sûr de l’autre côté

de la frontière

mais le jour d’après

sous tente

rêves pulvérisés

sans repères

sous famille tronquée

sans certitude

comment les imaginer avant hier?

comment penser à demain

quand l’aujourd’hui s’absente?

Patrick Joquel

Il faut cent jours de nuit par Benjamin Millazo

Il faut cent jours de nuit

dans les vents barbelés

l’étreinte masque les sangs
et défit les jours

il faut cent jours de nuit
pour meubler la glaise
d’inhumains fragments

je vois dispersé dépecé
un champ de blé sous un ciel bleu
une moisson de frayeurs
dans le givre d’un hiver
prêt à durer au creux
de corps dépossédés

il faut cent jours de nuit
pour que s’élèvent les voix
des chants libres
sa colère n’est pas ma colère
mais j’épouse ma condition
par force et conviction

les mots meurent les actes restent
ma déraison verte et vorace
cherche un asile qui ne masque
sous leurs pas
un déchirement indélébile

partir est le froid
d’une étoile polaire
que je sème sur ma famille
pendant que je presse ma prière
sur le cylindre froid et rouillé de mon AK
qui materne mon asile et ma terre

il faut cent jour de nuit
pour moissonner l’hiver
sucer le grain de la colère
mon manteau effilé
par les barbelés
devant un champ de roseaux
sans oiseaux
maudites mains invalides

je remarque
l’éclat rougeoyant
de mon vulgaire mégot
qui s’éteint
comme le soleil au loin

à côté luit encore
mon sourire expansé
figé pour l’éternité
les yeux vers les cieux
trempés dans le bleu nuit
de la mitraille

il a suffit d’une nuit
pour rompre le jour

Benjamin Milazzo

Le mur entre nous par Marie-Belle Ouellet

L’hiver frappe partout dans le monde.

Les déchirures d’un peuple.

Avec leur courage d’affronter la folie d’un seul homme.

Une guerre non désirée.

Ce froid glacial qui nous traverse tous.

Le besoin d’air qui coupe le souffle.

Cette envie de fermer les yeux pour ne pas voir les horreurs.

Pendant ce temps au Québec,

l’hiver nous assaille avec ces blizzards, ces froids et son silence.

Nos yeux rivés de l’autre côté de la planète.

À espérer que l’amour triomphera de la haine.

Marie-Belle Ouellet

L’enfant et Le jeu par Jean-Pierre Pelletier

L’enfant

L’enfant qui jouait avec nous
qui lançait des cailloux
et parfois pleurait
a grandi
puis est partie
dans un autre pays

Son souvenir et son visage
sont encore d’une clarté parfaite
ses mains tachées de boue
un ruban crème dans ses cheveux blonds

L’enfant qui jouait avec nous
retenait des chansons
de petites histoires
nous précédait au terrain de jeu
Elle nous maudissait
elle répétait
froissée et furibonde
des mots pour nous presque incompréhensibles
L’enfant qui jouait avec nous

Sa plainte
puissante
retentissait
quand on l’a emmenée dans un autre pays


Le jeu

Quand les avions passent dans le ciel
à très haute altitude
au-dessus de villages éloignés
les enfants cessent de jouer
lèvent de petites mains
en visière
pour regarder ce joli joujou voyageur

et dès qu’il disparaît derrière des nuages épars
les enfants s’élancent en force
vers un ballon en lambeaux
et répètent de petites comptines

mais personne ne sait
d’où viennent les mots

Jean-Pierre Pelletier

Christophe Condello

1-

Nous esquissons des murs

avec des portes

pourquoi donc construire des murs

quand nous avons tant besoin d’amour

2-

La tendresse est un symbole 

d’éternité

la puissance infinie

de l’énergie

3-

Un tsar se sustente

de caviar

recueilli en mer Caspienne

repu par une chorégraphie 

de vagues pleines d’écume

et d’étoiles de fer

la paix elle

a le nez cassé

4-

La sève afflue

au bout de nos doigts

dans l’intime présence

du printemps hâtif

et de nos corps

désaccordés

5-

Dans chaque imaginaire

réside une part de vérité

et toute vérité comprend

aussi un soupçon

d’imaginaire

6-

Durant chacun de nos passages

ici

ou ailleurs

divers temps nous apportent

le silence

un peu d’espace et de lueur

entre nos atomes

nos voix ainsi lactées

7-

Nous ne refuserons jamais

la joie

ni l’instant

où nous sommes

enchevêtrés

dans la lumière

il y a la nuit

et beaucoup d’étoiles

entre nous

8-

Le vide doit-il rejoindre

un absolu

pour exister

souvent transformer l’abstraction

en tout

ce qui est

abondance

Christophe Condello

« Voici la fenêtre du chercheur urbain Lev Shevchenko à #Kiev. Il s’est barricadé avec des livres pour empêcher les cristaux de voler dans la pièce pendant le bombardement. »

(Katerina Sergatskova)

L’éternité finira-t-elle par commencer-Raynald Boucher (2)

Préambule:

Entre pandémie et guerre, l’insolence de l’humanité à l’égard de la nature, de la connaissance, de l’histoire, de la vérité et de l’autre, est démentielle.

Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous taire.

Ainsi commence cette suite de poèmes, qui j’espère, sera multiple et multitude.

Un immense merci aux poètes qui joignent ici leur voix à la mienne.

Christophe Condello 24 février 2022

L’éternité finira-t-elle par commencer

Despote cruel par Raynald Boucher

Poutine le mal-aimé

Ce terrible tyran

Qu’il quitte les rangs

D’une humanité

En quête de lumière…

Car il est noirceur 

Ce vil truand 

Qui n’a de cesse

De vouloir

Contrôler la terre

De voler, de piller

Tel un rapace vorace

Tout autour tel un vautour 

Sans détour, sans amour

Par cupidité par insipidité

De cœur et d’esprit dénaturés … 

Que s’unissent nos voix

Nos cris nos pleurs

Que nos mots

Deviennent compassion

Devant la douleur

Que subit ce peuple

Bien malgré lui…

J’ose croire 

Que les balafres affreuses

De cette horrible guerre

Causée par la folie meurtrière

De ce despote cruel et sanguinaire

Ne demeurent pas sans punition!

Car l’horreur et la détresse 

Causées aux corps et aux esprits 

Aux cœurs d’espoirs

En un monde meilleur

Sont à mes yeux

Inconcevables!

Et pourtant!

Il y a ces bombes

Et ces missiles 

Ces chars et ces artilleries lourdes

Déchirants le silence de la nuit…

Il y a ces oreilles sourdent

Aux bruits sordides 

Des canons

Aux pleurs aux cris d’enfants

Perdus dans la nuit

Au loin de leurs parents!

À qui doit-on ce prix 

Payé en vain

Ce sang ces yeux exorbitants

Versés en vingt en cent en mille

Et en millions

De délogés de déportés et d’amputés

Relégués au destin d’une mauvaise destinée!

En somme

Je n’ai qu’un espoir

Que cesse la guerre

Ces outrages militaires 

Contre une riche nation

Fière et prospère 

Qui n’a d’intention

Que d’offrir à sa population 

Qu’espoirs et rêves 

En des jours meilleurs 

Dans l’ici et maintenant?

Raynald Boucher

Poésie du poète par Raynald Boucher

Poésie du poète aguerri à l’espoir
Étonné que tu es d’entendre tes mots ce matin
Entre les orages de pluie sous les voilages de satin
J’imagine que tu aimerais qu’ils s’envolent frileux
Espérant que dans l’ouverture du giron du monde
Là où se rencontrent d’autres ailleurs plus affables
Ceux du geste plus chaud à essayer d’être heureux
Malgré l’ombre planant en sifflant de noirs corbeaux

Dans leurs cœurs ils espèrent vers d’autres univers
Sans les bombes et les arnaques de plomb
Ils n’auront je le souhaite pas couru en vain
Laissant derrière eux des restes de vie
Espérant vivre vieux alors que s’entendent encore
Des bouts de chansons au rythme endiablé
Racontant que les arcanes prédisent l’horreur et la mort

Moi j’aimerais leur offrir l’espérance
Une rivière au détour d’un champ de pierre
Des fleurs aux corolles sucrées d’un vol de goélands
Une guitare de rires à la main fleurie des pétales de câlins
Des châles de bonheur sur leurs frêles épaules
Et mille sourires leur tenant de douceur dans le cœur…

Raynald Boucher

Je porterai à toi par Geneviève Catta

je porterai à toi

la joie

l’espérance

du battement des cœurs

même si tu es sourd

aux pétales

sur tes mains rugueuses

de pilleur

(tout peut arriver

dans ce long cri de la vie

à préserver)

Geneviève Catta

Guerre ou Paix de Patrick Coppens

Le sol avait le droit du sang
toute récolte se mérite
disent-ils l’air important
échos d’échos
véritables déserts
de carnages en moissons
bouches sinueuses
et rires en quinte
couleurs rompues
vies sacrifiées

Dans la serrure interloquée
l’oeil a tourné
pauvre mystère
l’absent arrête de respirer

Patrick Coppens

J’ai mal à l’âme par Aimée Dandois

J’ai mal à l’âme
déchirures
pluies de gravats
sifflements de roquettes

Clouant
à jamais
le seuil de l’enfance

Martyrs des cités
repliées sur elles-mêmes
nuits de smog meurtrier
poussières de ruines

Faites taire ce tonnerre
cette gronde
tout ce tumulte

Sbires en mal d’appâts
martelant le silence
tuant la paix
cessez! Cessez!

Que fusent
de l’âme les bruissements
au feutré du silence

Sans fêlures ni fracas
qu’émerge
cette musique intérieure
en un motet
sans failles

Vide de bruits
que la vie reprenne
son souffle

Aimée Dandois

Guerre en Ukraine par Germain Droogenbroodt (Traduction Elisabeth Gerlache)

*

Ici les amandiers sont en fleurs
un enchantement pour l’œil
qui aime la beauté
bientôt les orangers aussi
répandront leur parfum envoûtant
mais autre part la guerre fait rage
et le regard ne perçoit que ravage
et souffrance humaine
là ne fleurit aucun bourgeon
étouffés qu’ils sont dans la fumée
d’une violence barbare.

*

DESPOTE

La nuit a assailli l’aurore
et détourné de la paix
la précieuse lumière.
Le silence se tait
couvert par les détonations, le fracas des canons
et le hurlement des sirènes.
Impassible face à la douleur
─ même celle de son propre peuple

*

COLOMBE DE LA PAIX

Il pleut.
il pleut de la tristesse
pour les victimes innocentes
pour la destruction d’un pays
pour l’ampleur de la violence meurtrière
affamée la tourterelle quitte
la protection de son arbre
un lacet semblable
à l’anneau noir autour de son cou.

Germain Droogenbroodt

Haïkus par Iocasta Huppen

*

Giboulées de mars

l’ultimatum d’une saison à l’autre –-

à l’Est la guerre continue toujours

*

La guerre à nos portes –-

ma fille remplit des cœurs

aux couleurs bleu et jaune

*

Jours de printemps –-

je nous souhaite la paix

et des enfants heureux !

*

Iocasta Huppen

Haïku par Dominique Jacquet

l’oiseau lyre

dans le ciel de l’enfant –

brindille de paix.

Dominique Jacquet

Le jour d’avant par Patrick Joquel

Le jour d’avant

partageait les réseaux sociaux

regardait les séries du moment

le jour d’avant riait en présentiel ou sur écran

le jour d’avant imaginait des lendemains joyeux

des futurs multipliés

le jour d’avant

le lendemain matin

c’était 15 minutes à boucler un sac

une valise à roulettes

et partir sous le fracas

terreur aux paupières

sans bien comprendre

où menait le mot fuir

sur la rive en face

oui bien sûr de l’autre côté

de la frontière

mais le jour d’après

sous tente

rêves pulvérisés

sans repères

sous famille tronquée

sans certitude

comment les imaginer avant hier?

comment penser à demain

quand l’aujourd’hui s’absente?

Patrick Joquel

Il faut cent jours de nuit par Benjamin Millazo

Il faut cent jours de nuit

dans les vents barbelés

l’étreinte masque les sangs
et défit les jours

il faut cent jours de nuit
pour meubler la glaise
d’inhumains fragments

je vois dispersé dépecé
un champ de blé sous un ciel bleu
une moisson de frayeurs
dans le givre d’un hiver
prêt à durer au creux
de corps dépossédés

il faut cent jours de nuit
pour que s’élèvent les voix
des chants libres
sa colère n’est pas ma colère
mais j’épouse ma condition
par force et conviction

les mots meurent les actes restent
ma déraison verte et vorace
cherche un asile qui ne masque
sous leurs pas
un déchirement indélébile

partir est le froid
d’une étoile polaire
que je sème sur ma famille
pendant que je presse ma prière
sur le cylindre froid et rouillé de mon AK
qui materne mon asile et ma terre

il faut cent jour de nuit
pour moissonner l’hiver
sucer le grain de la colère
mon manteau effilé
par les barbelés
devant un champ de roseaux
sans oiseaux
maudites mains invalides

je remarque
l’éclat rougeoyant
de mon vulgaire mégot
qui s’éteint
comme le soleil au loin

à côté luit encore
mon sourire expansé
figé pour l’éternité
les yeux vers les cieux
trempés dans le bleu nuit
de la mitraille

il a suffit d’une nuit
pour rompre le jour

Benjamin Milazzo

L’enfant et Le jeu par Jean-Pierre Pelletier

L’enfant

L’enfant qui jouait avec nous
qui lançait des cailloux
et parfois pleurait
a grandi
puis est partie
dans un autre pays

Son souvenir et son visage
sont encore d’une clarté parfaite
ses mains tachées de boue
un ruban crème dans ses cheveux blonds

L’enfant qui jouait avec nous
retenait des chansons
de petites histoires
nous précédait au terrain de jeu
Elle nous maudissait
elle répétait
froissée et furibonde
des mots pour nous presque incompréhensibles
L’enfant qui jouait avec nous

Sa plainte
puissante
retentissait
quand on l’a emmenée dans un autre pays


Le jeu

Quand les avions passent dans le ciel
à très haute altitude
au-dessus de villages éloignés
les enfants cessent de jouer
lèvent de petites mains
en visière
pour regarder ce joli joujou voyageur

et dès qu’il disparaît derrière des nuages épars
les enfants s’élancent en force
vers un ballon en lambeaux
et répètent de petites comptines

mais personne ne sait
d’où viennent les mots

Jean-Pierre Pelletier

1-

Nous esquissons des murs

avec des portes

pourquoi donc construire des murs

quand nous avons tant besoin d’amour

2-

La tendresse est un symbole 

d’éternité

la puissance infinie

de l’énergie

3-

Un tsar se sustente

de caviar

recueilli en mer Caspienne

repu par une chorégraphie 

de vagues pleines d’écume

et d’étoiles de fer

la paix elle

a le nez cassé

4-

La sève afflue

au bout de nos doigts

dans l’intime présence

du printemps hâtif

et de nos corps

désaccordés

5-

Dans chaque imaginaire

réside une part de vérité

et toute vérité comprend

aussi un soupçon

d’imaginaire

6-

Durant chacun de nos passages

ici

ou ailleurs

divers temps nous apportent

le silence

un peu d’espace et de lueur

entre nos atomes

nos voix ainsi lactées

7-

Nous ne refuserons jamais

la joie

ni l’instant

où nous sommes

enchevêtrés

dans la lumière

il y a la nuit

et beaucoup d’étoiles

entre nous

8-

Le vide doit-il rejoindre

un absolu

pour exister

souvent transformer l’abstraction

en tout

ce qui est

abondance

Christophe Condello

« Voici la fenêtre du chercheur urbain Lev Shevchenko à #Kiev. Il s’est barricadé avec des livres pour empêcher les cristaux de voler dans la pièce pendant le bombardement. »

(Katerina Sergatskova)

L’éternité finira-t-elle par commencer-Patrick Coppens

Préambule:

Entre pandémie et guerre, l’insolence de l’humanité à l’égard de la nature, de la connaissance, de l’histoire, de la vérité et de l’autre, est démentielle.

Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous taire.

Ainsi commence cette suite de poèmes, qui j’espère, sera multiple et multitude.

Un immense merci aux poètes qui joignent ici leur voix à la mienne.

Christophe Condello 24 février 2022

L’éternité finira-t-elle par commencer

Despote cruel par Raynald Boucher

Poutine le mal-aimé

Ce terrible tyran

Qu’il quitte les rangs

D’une humanité

En quête de lumière…

Car il est noirceur 

Ce vil truand 

Qui n’a de cesse

De vouloir

Contrôler la terre

De voler, de piller

Tel un rapace vorace

Tout autour tel un vautour 

Sans détour, sans amour

Par cupidité par insipidité

De cœur et d’esprit dénaturés … 

Que s’unissent nos voix

Nos cris nos pleurs

Que nos mots

Deviennent compassion

Devant la douleur

Que subit ce peuple

Bien malgré lui…

J’ose croire 

Que les balafres affreuses

De cette horrible guerre

Causée par la folie meurtrière

De ce despote cruel et sanguinaire

Ne demeurent pas sans punition!

Car l’horreur et la détresse 

Causées aux corps et aux esprits 

Aux cœurs d’espoirs

En un monde meilleur

Sont à mes yeux

Inconcevables!

Et pourtant!

Il y a ces bombes

Et ces missiles 

Ces chars et ces artilleries lourdes

Déchirants le silence de la nuit…

Il y a ces oreilles sourdent

Aux bruits sordides 

Des canons

Aux pleurs aux cris d’enfants

Perdus dans la nuit

Au loin de leurs parents!

À qui doit-on ce prix 

Payé en vain

Ce sang ces yeux exorbitants

Versés en vingt en cent en mille

Et en millions

De délogés de déportés et d’amputés

Relégués au destin d’une mauvaise destinée!

En somme

Je n’ai qu’un espoir

Que cesse la guerre

Ces outrages militaires 

Contre une riche nation

Fière et prospère 

Qui n’a d’intention

Que d’offrir à sa population 

Qu’espoirs et rêves 

En des jours meilleurs 

Dans l’ici et maintenant?

Raynald Boucher

Je porterai à toi par Geneviève Catta

je porterai à toi

la joie

l’espérance

du battement des cœurs

même si tu es sourd

aux pétales

sur tes mains rugueuses

de pilleur

(tout peut arriver

dans ce long cri de la vie

à préserver)

Geneviève Catta

Guerre ou Paix de Patrick Coppens

Le sol avait le droit du sang
toute récolte se mérite
disent-ils l’air important
échos d’échos
véritables déserts
de carnages en moissons
bouches sinueuses
et rires en quinte
couleurs rompues
vies sacrifiées

Dans la serrure interloquée
l’oeil a tourné
pauvre mystère
l’absent arrête de respirer

Patrick Coppens

J’ai mal à l’âme par Aimée Dandois

J’ai mal à l’âme
déchirures
pluies de gravats
sifflements de roquettes

Clouant
à jamais
le seuil de l’enfance

Martyrs des cités
repliées sur elles-mêmes
nuits de smog meurtrier
poussières de ruines

Faites taire ce tonnerre
cette gronde
tout ce tumulte

Sbires en mal d’appâts
martelant le silence
tuant la paix
cessez! Cessez!

Que fusent
de l’âme les bruissements
au feutré du silence

Sans fêlures ni fracas
qu’émerge
cette musique intérieure
en un motet
sans failles

Vide de bruits
que la vie reprenne
son souffle

Aimée Dandois

Guerre en Ukraine par Germain Droogenbroodt (Traduction Elisabeth Gerlache)

*

Ici les amandiers sont en fleurs
un enchantement pour l’œil
qui aime la beauté
bientôt les orangers aussi
répandront leur parfum envoûtant
mais autre part la guerre fait rage
et le regard ne perçoit que ravage
et souffrance humaine
là ne fleurit aucun bourgeon
étouffés qu’ils sont dans la fumée
d’une violence barbare.

*

DESPOTE

La nuit a assailli l’aurore
et détourné de la paix
la précieuse lumière.
Le silence se tait
couvert par les détonations, le fracas des canons
et le hurlement des sirènes.
Impassible face à la douleur
─ même celle de son propre peuple

*

COLOMBE DE LA PAIX

Il pleut.
il pleut de la tristesse
pour les victimes innocentes
pour la destruction d’un pays
pour l’ampleur de la violence meurtrière
affamée la tourterelle quitte
la protection de son arbre
un lacet semblable
à l’anneau noir autour de son cou.

Germain Droogenbroodt

Haïkus par Iocasta Huppen

*

Giboulées de mars

l’ultimatum d’une saison à l’autre –-

à l’Est la guerre continue toujours

*

La guerre à nos portes –-

ma fille remplit des cœurs

aux couleurs bleu et jaune

*

Jours de printemps –-

je nous souhaite la paix

et des enfants heureux !

*

Iocasta Huppen

Haïku par Dominique Jacquet

l’oiseau lyre

dans le ciel de l’enfant –

brindille de paix.

Dominique Jacquet

Le jour d’avant par Patrick Joquel

Le jour d’avant

partageait les réseaux sociaux

regardait les séries du moment

le jour d’avant riait en présentiel ou sur écran

le jour d’avant imaginait des lendemains joyeux

des futurs multipliés

le jour d’avant

le lendemain matin

c’était 15 minutes à boucler un sac

une valise à roulettes

et partir sous le fracas

terreur aux paupières

sans bien comprendre

où menait le mot fuir

sur la rive en face

oui bien sûr de l’autre côté

de la frontière

mais le jour d’après

sous tente

rêves pulvérisés

sans repères

sous famille tronquée

sans certitude

comment les imaginer avant hier?

comment penser à demain

quand l’aujourd’hui s’absente?

Patrick Joquel

Il faut cent jours de nuit par Benjamin Millazo

Il faut cent jours de nuit

dans les vents barbelés

l’étreinte masque les sangs
et défit les jours

il faut cent jours de nuit
pour meubler la glaise
d’inhumains fragments

je vois dispersé dépecé
un champ de blé sous un ciel bleu
une moisson de frayeurs
dans le givre d’un hiver
prêt à durer au creux
de corps dépossédés

il faut cent jours de nuit
pour que s’élèvent les voix
des chants libres
sa colère n’est pas ma colère
mais j’épouse ma condition
par force et conviction

les mots meurent les actes restent
ma déraison verte et vorace
cherche un asile qui ne masque
sous leurs pas
un déchirement indélébile

partir est le froid
d’une étoile polaire
que je sème sur ma famille
pendant que je presse ma prière
sur le cylindre froid et rouillé de mon AK
qui materne mon asile et ma terre

il faut cent jour de nuit
pour moissonner l’hiver
sucer le grain de la colère
mon manteau effilé
par les barbelés
devant un champ de roseaux
sans oiseaux
maudites mains invalides

je remarque
l’éclat rougeoyant
de mon vulgaire mégot
qui s’éteint
comme le soleil au loin

à côté luit encore
mon sourire expansé
figé pour l’éternité
les yeux vers les cieux
trempés dans le bleu nuit
de la mitraille

il a suffit d’une nuit
pour rompre le jour

Benjamin Milazzo

L’enfant et Le jeu par Jean-Pierre Pelletier

L’enfant

L’enfant qui jouait avec nous
qui lançait des cailloux
et parfois pleurait
a grandi
puis est partie
dans un autre pays

Son souvenir et son visage
sont encore d’une clarté parfaite
ses mains tachées de boue
un ruban crème dans ses cheveux blonds

L’enfant qui jouait avec nous
retenait des chansons
de petites histoires
nous précédait au terrain de jeu
Elle nous maudissait
elle répétait
froissée et furibonde
des mots pour nous presque incompréhensibles
L’enfant qui jouait avec nous

Sa plainte
puissante
retentissait
quand on l’a emmenée dans un autre pays


Le jeu

Quand les avions passent dans le ciel
à très haute altitude
au-dessus de villages éloignés
les enfants cessent de jouer
lèvent de petites mains
en visière
pour regarder ce joli joujou voyageur

et dès qu’il disparaît derrière des nuages épars
les enfants s’élancent en force
vers un ballon en lambeaux
et répètent de petites comptines

mais personne ne sait
d’où viennent les mots

Jean-Pierre Pelletier

1-

Nous esquissons des murs

avec des portes

pourquoi donc construire des murs

quand nous avons tant besoin d’amour

2-

La tendresse est un symbole 

d’éternité

la puissance infinie

de l’énergie

3-

Un tsar se sustente

de caviar

recueilli en mer Caspienne

repu par une chorégraphie 

de vagues pleines d’écume

et d’étoiles de fer

la paix elle

a le nez cassé

4-

La sève afflue

au bout de nos doigts

dans l’intime présence

du printemps hâtif

et de nos corps

désaccordés

5-

Dans chaque imaginaire

réside une part de vérité

et toute vérité comprend

aussi un soupçon

d’imaginaire

6-

Durant chacun de nos passages

ici

ou ailleurs

divers temps nous apportent

le silence

un peu d’espace et de lueur

entre nos atomes

nos voix ainsi lactées

7-

Nous ne refuserons jamais

la joie

ni l’instant

où nous sommes

enchevêtrés

dans la lumière

il y a la nuit

et beaucoup d’étoiles

entre nous

8-

Le vide doit-il rejoindre

un absolu

pour exister

souvent transformer l’abstraction

en tout

ce qui est

abondance

Christophe Condello

« Voici la fenêtre du chercheur urbain Lev Shevchenko à #Kiev. Il s’est barricadé avec des livres pour empêcher les cristaux de voler dans la pièce pendant le bombardement. »

(Katerina Sergatskova)

L’éternité finira-t-elle par commencer-Patrick Joquel

Préambule:

Entre pandémie et guerre, l’insolence de l’humanité à l’égard de la nature, de la connaissance, de l’histoire, de la vérité et de l’autre, est démentielle.

Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous taire.

Ainsi commence cette suite de poèmes, qui j’espère, sera multiple et multitude.

Un immense merci aux poètes qui joignent ici leur voix à la mienne.

Christophe Condello 24 février 2022

L’éternité finira-t-elle par commencer

Despote cruel par Raynald Boucher

Poutine le mal-aimé

Ce terrible tyran

Qu’il quitte les rangs

D’une humanité

En quête de lumière…

Car il est noirceur 

Ce vil truand 

Qui n’a de cesse

De vouloir

Contrôler la terre

De voler, de piller

Tel un rapace vorace

Tout autour tel un vautour 

Sans détour, sans amour

Par cupidité par insipidité

De cœur et d’esprit dénaturés … 

Que s’unissent nos voix

Nos cris nos pleurs

Que nos mots

Deviennent compassion

Devant la douleur

Que subit ce peuple

Bien malgré lui…

J’ose croire 

Que les balafres affreuses

De cette horrible guerre

Causée par la folie meurtrière

De ce despote cruel et sanguinaire

Ne demeurent pas sans punition!

Car l’horreur et la détresse 

Causées aux corps et aux esprits 

Aux cœurs d’espoirs

En un monde meilleur

Sont à mes yeux

Inconcevables!

Et pourtant!

Il y a ces bombes

Et ces missiles 

Ces chars et ces artilleries lourdes

Déchirants le silence de la nuit…

Il y a ces oreilles sourdent

Aux bruits sordides 

Des canons

Aux pleurs aux cris d’enfants

Perdus dans la nuit

Au loin de leurs parents!

À qui doit-on ce prix 

Payé en vain

Ce sang ces yeux exorbitants

Versés en vingt en cent en mille

Et en millions

De délogés de déportés et d’amputés

Relégués au destin d’une mauvaise destinée!

En somme

Je n’ai qu’un espoir

Que cesse la guerre

Ces outrages militaires 

Contre une riche nation

Fière et prospère 

Qui n’a d’intention

Que d’offrir à sa population 

Qu’espoirs et rêves 

En des jours meilleurs 

Dans l’ici et maintenant?

Raynald Boucher

Je porterai à toi par Geneviève Catta

je porterai à toi

la joie

l’espérance

du battement des cœurs

même si tu es sourd

aux pétales

sur tes mains rugueuses

de pilleur

(tout peut arriver

dans ce long cri de la vie

à préserver)

Geneviève Catta

J’ai mal à l’âme par Aimée Dandois

J’ai mal à l’âme
déchirures
pluies de gravats
sifflements de roquettes

Clouant
à jamais
le seuil de l’enfance

Martyrs des cités
repliées sur elles-mêmes
nuits de smog meurtrier
poussières de ruines

Faites taire ce tonnerre
cette gronde
tout ce tumulte

Sbires en mal d’appâts
martelant le silence
tuant la paix
cessez! Cessez!

Que fusent
de l’âme les bruissements
au feutré du silence

Sans fêlures ni fracas
qu’émerge
cette musique intérieure
en un motet
sans failles

Vide de bruits
que la vie reprenne
son souffle

Aimée Dandois

Guerre en Ukraine par Germain Droogenbroodt (Traduction Elisabeth Gerlache)

*

Ici les amandiers sont en fleurs
un enchantement pour l’œil
qui aime la beauté
bientôt les orangers aussi
répandront leur parfum envoûtant
mais autre part la guerre fait rage
et le regard ne perçoit que ravage
et souffrance humaine
là ne fleurit aucun bourgeon
étouffés qu’ils sont dans la fumée
d’une violence barbare.

*

DESPOTE

La nuit a assailli l’aurore
et détourné de la paix
la précieuse lumière.
Le silence se tait
couvert par les détonations, le fracas des canons
et le hurlement des sirènes.
Impassible face à la douleur
─ même celle de son propre peuple

*

COLOMBE DE LA PAIX

Il pleut.
il pleut de la tristesse
pour les victimes innocentes
pour la destruction d’un pays
pour l’ampleur de la violence meurtrière
affamée la tourterelle quitte
la protection de son arbre
un lacet semblable
à l’anneau noir autour de son cou.

Germain Droogenbroodt

Haïkus par Iocasta Huppen

*

Giboulées de mars

l’ultimatum d’une saison à l’autre –-

à l’Est la guerre continue toujours

*

La guerre à nos portes –-

ma fille remplit des cœurs

aux couleurs bleu et jaune

*

Jours de printemps –-

je nous souhaite la paix

et des enfants heureux !

*

Iocasta Huppen

Haïku par Dominique Jacquet

l’oiseau lyre

dans le ciel de l’enfant –

brindille de paix.

Dominique Jacquet

Le jour d’avant par Patrick Joquel

Le jour d’avant

partageait les réseaux sociaux

regardait les séries du moment

le jour d’avant riait en présentiel ou sur écran

le jour d’avant imaginait des lendemains joyeux

des futurs multipliés

le jour d’avant

le lendemain matin

c’était 15 minutes à boucler un sac

une valise à roulettes

et partir sous le fracas

terreur aux paupières

sans bien comprendre

où menait le mot fuir

sur la rive en face

oui bien sûr de l’autre côté

de la frontière

mais le jour d’après

sous tente

rêves pulvérisés

sans repères

sous famille tronquée

sans certitude

comment les imaginer avant hier?

comment penser à demain

quand l’aujourd’hui s’absente?

Patrick Joquel

Il faut cent jours de nuit par Benjamin Millazo

Il faut cent jours de nuit

dans les vents barbelés

l’étreinte masque les sangs
et défit les jours

il faut cent jours de nuit
pour meubler la glaise
d’inhumains fragments

je vois dispersé dépecé
un champ de blé sous un ciel bleu
une moisson de frayeurs
dans le givre d’un hiver
prêt à durer au creux
de corps dépossédés

il faut cent jours de nuit
pour que s’élèvent les voix
des chants libres
sa colère n’est pas ma colère
mais j’épouse ma condition
par force et conviction

les mots meurent les actes restent
ma déraison verte et vorace
cherche un asile qui ne masque
sous leurs pas
un déchirement indélébile

partir est le froid
d’une étoile polaire
que je sème sur ma famille
pendant que je presse ma prière
sur le cylindre froid et rouillé de mon AK
qui materne mon asile et ma terre

il faut cent jour de nuit
pour moissonner l’hiver
sucer le grain de la colère
mon manteau effilé
par les barbelés
devant un champ de roseaux
sans oiseaux
maudites mains invalides

je remarque
l’éclat rougeoyant
de mon vulgaire mégot
qui s’éteint
comme le soleil au loin

à côté luit encore
mon sourire expansé
figé pour l’éternité
les yeux vers les cieux
trempés dans le bleu nuit
de la mitraille

il a suffit d’une nuit
pour rompre le jour

Benjamin Milazzo

L’enfant et Le jeu par Jean-Pierre Pelletier

L’enfant

L’enfant qui jouait avec nous
qui lançait des cailloux
et parfois pleurait
a grandi
puis est partie
dans un autre pays

Son souvenir et son visage
sont encore d’une clarté parfaite
ses mains tachées de boue
un ruban crème dans ses cheveux blonds

L’enfant qui jouait avec nous
retenait des chansons
de petites histoires
nous précédait au terrain de jeu
Elle nous maudissait
elle répétait
froissée et furibonde
des mots pour nous presque incompréhensibles
L’enfant qui jouait avec nous

Sa plainte
puissante
retentissait
quand on l’a emmenée dans un autre pays


Le jeu

Quand les avions passent dans le ciel
à très haute altitude
au-dessus de villages éloignés
les enfants cessent de jouer
lèvent de petites mains
en visière
pour regarder ce joli joujou voyageur

et dès qu’il disparaît derrière des nuages épars
les enfants s’élancent en force
vers un ballon en lambeaux
et répètent de petites comptines

mais personne ne sait
d’où viennent les mots

Jean-Pierre Pelletier

1-

Nous esquissons des murs

avec des portes

pourquoi donc construire des murs

quand nous avons tant besoin d’amour

2-

La tendresse est un symbole 

d’éternité

la puissance infinie

de l’énergie

3-

Un tsar se sustente

de caviar

recueilli en mer Caspienne

repu par une chorégraphie 

de vagues pleines d’écume

et d’étoiles de fer

la paix elle

a le nez cassé

4-

La sève afflue

au bout de nos doigts

dans l’intime présence

du printemps hâtif

et de nos corps

désaccordés

5-

Dans chaque imaginaire

réside une part de vérité

et toute vérité comprend

aussi un soupçon

d’imaginaire

6-

Durant chacun de nos passages

ici

ou ailleurs

divers temps nous apportent

le silence

un peu d’espace et de lueur

entre nos atomes

nos voix ainsi lactées

7-

Nous ne refuserons jamais

la joie

ni l’instant

où nous sommes

enchevêtrés

dans la lumière

il y a la nuit

et beaucoup d’étoiles

entre nous

8-

Le vide doit-il rejoindre

un absolu

pour exister

souvent transformer l’abstraction

en tout

ce qui est

abondance

Christophe Condello

« Voici la fenêtre du chercheur urbain Lev Shevchenko à #Kiev. Il s’est barricadé avec des livres pour empêcher les cristaux de voler dans la pièce pendant le bombardement. »

(Katerina Sergatskova)

L’éternité finira-t-elle par commencer-Jean-Pierre Pelletier

Préambule:

Entre pandémie et guerres, l’insolence de l’humanité à l’égard de l’autre, de la nature, de la connaissance, de l’histoire, de la vérité, est démentielle.

Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous taire.

Ainsi commence cette suite de poèmes, qui j’espère, sera multiple et multitude.

Un immense merci aux poètes qui joignent ici leur voix à la mienne.

Christophe Condello 24 février 2022

L’éternité finira-t-elle par commencer

Despote cruel par Raynald Boucher

Poutine le mal-aimé

Ce terrible tyran

Qu’il quitte les rangs

D’une humanité

En quête de lumière…

Car il est noirceur 

Ce vil truand 

Qui n’a de cesse

De vouloir

Contrôler la terre

De voler, de piller

Tel un rapace vorace

Tout autour tel un vautour 

Sans détour, sans amour

Par cupidité par insipidité

De cœur et d’esprit dénaturés … 

Que s’unissent nos voix

Nos cris nos pleurs

Que nos mots

Deviennent compassion

Devant la douleur

Que subit ce peuple

Bien malgré lui…

J’ose croire 

Que les balafres affreuses

De cette horrible guerre

Causée par la folie meurtrière

De ce despote cruel et sanguinaire

Ne demeurent pas sans punition!

Car l’horreur et la détresse 

Causées aux corps et aux esprits 

Aux cœurs d’espoirs

En un monde meilleur

Sont à mes yeux

Inconcevables!

Et pourtant!

Il y a ces bombes

Et ces missiles 

Ces chars et ces artilleries lourdes

Déchirants le silence de la nuit…

Il y a ces oreilles sourdent

Aux bruits sordides 

Des canons

Aux pleurs aux cris d’enfants

Perdus dans la nuit

Au loin de leurs parents!

À qui doit-on ce prix 

Payé en vain

Ce sang ces yeux exorbitants

Versés en vingt en cent en mille

Et en millions

De délogés de déportés et d’amputés

Relégués au destin d’une mauvaise destinée!

En somme

Je n’ai qu’un espoir

Que cesse la guerre

Ces outrages militaires 

Contre une riche nation

Fière et prospère 

Qui n’a d’intention

Que d’offrir à sa population 

Qu’espoirs et rêves 

En des jours meilleurs 

Dans l’ici et maintenant?

Raynald Boucher

Je porterai à toi par Geneviève Catta

je porterai à toi

la joie

l’espérance

du battement des cœurs

même si tu es sourd

aux pétales

sur tes mains rugueuses

de pilleur

(tout peut arriver

dans ce long cri de la vie

à préserver)

Geneviève Catta

J’ai mal à l’âme par Aimée Dandois

J’ai mal à l’âme
déchirures
pluies de gravats
sifflements de roquettes

Clouant
à jamais
le seuil de l’enfance

Martyrs des cités
repliées sur elles-mêmes
nuits de smog meurtrier
poussières de ruines

Faites taire ce tonnerre
cette gronde
tout ce tumulte

Sbires en mal d’appâts
martelant le silence
tuant la paix
cessez! Cessez!

Que fusent
de l’âme les bruissements
au feutré du silence

Sans fêlures ni fracas
qu’émerge
cette musique intérieure
en un motet
sans failles

Vide de bruits
que la vie reprenne
son souffle

Aimée Dandois

Guerre en Ukraine par Germain Droogenbroodt (Traduction Elisabeth Gerlache)

*

Ici les amandiers sont en fleurs
un enchantement pour l’œil
qui aime la beauté
bientôt les orangers aussi
répandront leur parfum envoûtant
mais autre part la guerre fait rage
et le regard ne perçoit que ravage
et souffrance humaine
là ne fleurit aucun bourgeon
étouffés qu’ils sont dans la fumée
d’une violence barbare.

*

DESPOTE

La nuit a assailli l’aurore
et détourné de la paix
la précieuse lumière.
Le silence se tait
couvert par les détonations, le fracas des canons
et le hurlement des sirènes.
Impassible face à la douleur
─ même celle de son propre peuple

*

COLOMBE DE LA PAIX

Il pleut.
il pleut de la tristesse
pour les victimes innocentes
pour la destruction d’un pays
pour l’ampleur de la violence meurtrière
affamée la tourterelle quitte
la protection de son arbre
un lacet semblable
à l’anneau noir autour de son cou.

Germain Droogenbroodt

Haïkus par Iocasta Huppen

*

Giboulées de mars

l’ultimatum d’une saison à l’autre –-

à l’Est la guerre continue toujours

*

La guerre à nos portes –-

ma fille remplit des cœurs

aux couleurs bleu et jaune

*

Jours de printemps –-

je nous souhaite la paix

et des enfants heureux !

*

Iocasta Huppen

Haïku par Dominique Jacquet

l’oiseau lyre

dans le ciel de l’enfant –

brindille de paix.

Dominique Jacquet

Il faut cent jours de nuit par Benjamin Millazo

Il faut cent jours de nuit

dans les vents barbelés

l’étreinte masque les sangs
et défit les jours

il faut cent jours de nuit
pour meubler la glaise
d’inhumains fragments

je vois dispersé dépecé
un champ de blé sous un ciel bleu
une moisson de frayeurs
dans le givre d’un hiver
prêt à durer au creux
de corps dépossédés

il faut cent jours de nuit
pour que s’élèvent les voix
des chants libres
sa colère n’est pas ma colère
mais j’épouse ma condition
par force et conviction

les mots meurent les actes restent
ma déraison verte et vorace
cherche un asile qui ne masque
sous leurs pas
un déchirement indélébile

partir est le froid
d’une étoile polaire
que je sème sur ma famille
pendant que je presse ma prière
sur le cylindre froid et rouillé de mon AK
qui materne mon asile et ma terre

il faut cent jour de nuit
pour moissonner l’hiver
sucer le grain de la colère
mon manteau effilé
par les barbelés
devant un champ de roseaux
sans oiseaux
maudites mains invalides

je remarque
l’éclat rougeoyant
de mon vulgaire mégot
qui s’éteint
comme le soleil au loin

à côté luit encore
mon sourire expansé
figé pour l’éternité
les yeux vers les cieux
trempés dans le bleu nuit
de la mitraille

il a suffit d’une nuit
pour rompre le jour

Benjamin Milazzo

L’enfant et Le jeu par Jean-Pierre Pelletier

L’enfant

L’enfant qui jouait avec nous
qui lançait des cailloux
et parfois pleurait
a grandi
puis est partie
dans un autre pays

Son souvenir et son visage
sont encore d’une clarté parfaite
ses mains tachées de boue
un ruban crème dans ses cheveux blonds

L’enfant qui jouait avec nous
retenait des chansons
de petites histoires
nous précédait au terrain de jeu
Elle nous maudissait
elle répétait
froissée et furibonde
des mots pour nous presque incompréhensibles
L’enfant qui jouait avec nous

Sa plainte
puissante
retentissait
quand on l’a emmenée dans un autre pays


Le jeu

Quand les avions passent dans le ciel
à très haute altitude
au-dessus de villages éloignés
les enfants cessent de jouer
lèvent de petites mains
en visière
pour regarder ce joli joujou voyageur

et dès qu’il disparaît derrière des nuages épars
les enfants s’élancent en force
vers un ballon en lambeaux
et répètent de petites comptines

mais personne ne sait
d’où viennent les mots

Jean-Pierre Pelletier

1-

Nous esquissons des murs

avec des portes

pourquoi donc construire des murs

quand nous avons tant besoin d’amour

2-

La tendresse est un symbole 

d’éternité

la puissance infinie

de l’énergie

3-

Un tsar se sustente

de caviar

recueilli en mer Caspienne

repu par une chorégraphie 

de vagues pleines d’écume

et d’étoiles de fer

la paix elle

a le nez cassé

4-

La sève afflue

au bout de nos doigts

dans l’intime présence

du printemps hâtif

et de nos corps

désaccordés

5-

Dans chaque imaginaire

réside une part de vérité

et toute vérité comprend

aussi un soupçon

d’imaginaire

6-

Durant chacun de nos passages

ici

ou ailleurs

divers temps nous apportent

le silence

un peu d’espace et de lueur

entre nos atomes

nos voix ainsi lactées

7-

Nous ne refuserons jamais

la joie

ni l’instant

où nous sommes

enchevêtrés

dans la lumière

il y a la nuit

et beaucoup d’étoiles

entre nous

8-

Le vide doit-il rejoindre

un absolu

pour exister

souvent transformer l’abstraction

en tout

ce qui est

abondance

Christophe Condello

« Voici la fenêtre du chercheur urbain Lev Shevchenko à #Kiev. Il s’est barricadé avec des livres pour empêcher les cristaux de voler dans la pièce pendant le bombardement. »

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